Inflation, informel, transferts des MRE… Pourquoi le cash est monnaie courante au Maroc
Malgré les progrès réalisés au niveau de l’inclusion financière des citoyens, le cash a toujours la cote au Maroc. Ce phénomène, qui pèse lourdement sur la liquidité des banques, s’est accentué ces dernières années à cause des effets de la crise sanitaire et de la montée inflationniste.
La valeur du cash en circulation au Maroc a atteint 347,8 milliards de dirhams à fin novembre 2022, selon les dernières statistiques de Bank Al-Maghrib (BAM), soit 28,3 milliards de dirhams de plus que durant la même période de l’année 2021. Une tendance qui interpelle la banque centrale et pèse sur la liquidité des banques commerciales.
«L’augmentation du besoin de liquidités des banques émane de plusieurs facteurs, dont principalement l’augmentation de la circulation de la monnaie fiduciaire», a souligné le responsable par intérim des opérations monétaires et des changes à BAM, Younes Issami, lors du dernier point de presse consacré à l’opération structurelle d’achat de bons du Trésor de l’institution.
«Au moment de la crise Covid, on a enregistré un taux significatif de la circulation de la monnaie fiduciaire. Le premier comportement de plusieurs personnes face à la crise était de retirer du cash. Malheureusement, on n’a toujours pas enregistré le retour des montants retirés en 2020, au contraire, la circulation du cash a augmenté de près de 10% en 2022», a-t-il ajouté.
Contacté par Le360, Omar Bakkou, économiste spécialiste en politiques de change au Maroc, explique que tout ce cash en circulation est autant de manque à gagner pour les dépôts des banques, qui font face à un important manque de liquidité les poussant à se financer davantage auprès de BAM.
En effet, sur la base de l’évolution prévue des réserves de change de la banque centrale et de la circulation fiduciaire, le déficit de liquidité bancaire devrait s’établir à 89,1 milliards de dirhams à fin 2022, à 87,7 milliards à fin 2023 et à 100,5 milliards à fin 2024.
Selon l’analyse de BAM, plusieurs facteurs expliquent la hausse de la circulation du cash au Maroc. Il s’agit notamment de la montée de l’inflation qui a participé à l’augmentation des dépenses quotidiennes des ménages et donc du volume du cash utilisé dans ces transactions, a précisé Issami.
L’autre facteur qui explique cette tendance est la hausse des transferts des Marocains résidant à l’étranger depuis le déclenchement de la crise sanitaire. «Les montants transférés par les MRE ces deux dernières années ont été très importants. On va dépasser les 100 milliards de dirhams cette année. Même si ces transferts se font à travers le canal électronique, une grande partie des bénéficiaires retirent l’argent reçu», a souligné le responsable de BAM.
Pour sa part, Bakkou ajoute que la hausse de la circulation de la monnaie fiduciaire au Maroc ces dernières années résulte également de l’importante part de l’informel dans l’économie nationale, plusieurs personnes recourant aux transactions par cash pour échapper au contrôle du fisc.
Il est également question, selon l’expert, d’un manque de confiance dans l’économie de manière générale, d’un déficit de culture financière chez les citoyens et d’une crainte de l’avènement d’une nouvelle crise qui chamboulera l’écosystème à l’instar du Covid-19.
Face à ce phénomène, BAM assure actionner plusieurs leviers pour rompre avec cette culture du cash bien ancrée chez la population. «La banque centrale mène plusieurs stratégies pour réduire cette circulation. On travaille à développer la stratégie du mobile banking et de la monnaie digitale, mais on est confrontés encore à des difficultés culturelles. Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on pourra convaincre les gens de changer leur mode opératoire», assure Issami.
Pour rétablir la confiance des ménages dans le système banquier, élargir l’inclusion financière des habitants et accélérer leur adhésion aux nouvelles solutions de paiement, Omar Bakkou insiste, de son côté, sur le besoin de repenser la stratégie de communication adoptée, encore «élitiste» et qui s’adresse à une «minorité de gens». L’économiste appelle ainsi à adopter une stratégie de masse en empruntant de nouveaux canaux de communication qui ont déjà fait leurs preuves, notamment les réseaux sociaux.
Le 28 Janvier 2023
Source web par : le360
Les tags en relation
Les articles en relation
Ahmed Lahlimi : « des changements dans la politique agricole sont nécessaires »
Le Haut-Commissaire au Plan, Ahmed Lahlimi, a souligné, jeudi à Rabat, la nécessité d’infléchir la politique agricole et d’accorder plus d’importance...
Créances en souffrances des banques: le FMI appelle BAM à accélérer le projet de création d’u
La création d’un tel marché, qui prendra la forme au Maroc d’une structure de défaisance, devrait permettre aux banques marocaines de se délester d’un...
Les principales annonces d’Abdellatif Jouahri à l'issue du conseil de BAM de décembre
Prévisions d'inflation et de croissance, déficits, LPL, réserves de change, banques participatives..., le wali de Bank Al-Maghrib fait le point sur la co...
Conseil de Bank Al-Maghrib: la croissance 2022 revue à la baisse à seulement 0,7%, le taux directe
A l’issue de sa réunion de ce mardi 22 mars 2022, le conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir le taux directeur à 1,5%. Croissance, finances publi...
Sinopharm : Le vaccin serait inefficace pour 25% des personnes de plus de 60 ans
Une étude réalisée en Hongrie sur l’efficacité du vaccin chinois Sinopharm, distribué également au Maroc, montre que le vaccin anti-Covid-19 serait inef...
Hammad Kassal : «Eliminer les goulots d’étranglement de l'économie nationale»
Sur le plan de l’activité économique, les motifs de satisfaction pour 2019 sont peu nombreux pour Hammad Kassal, président de la Commission financement et ...
« ÉNORME ! La Banque centrale allemande accélère le rapatriement de son or car elle craint une e
Mes chères impertinentes, mes chers impertinents, C’est un nouveau signal d’alerte qui vient s’ajouter à tous les autres. C’est un nouveau signa...
La recette de la CSMD pour un Maroc plus inclusif et moins inégalitaire
Entre pragmatisme économique, justice sociospatiale et valorisation des compétences, le nouveau modèle de développement donne la mesure de l’ambition roya...
#MAROC: « Sévère » contraction de l’activité économique prévue en 2020
Plusieurs approches ont été déployées pour fournir des ordres de grandeur approximatifs de l’impact de la crise sur l’activité économique et les équi...
Quel est l’impact de Netflix sur les pratiques touristiques ?
La World Tourism Organization (UNWTO) et Netflix viennent de dévoiler une étude sur l’impact des services de vidéo à la demande sur les pratiques touristi...
Réforme du CMI : Baisse des commissions et cession de contrats, vers un nouveau paysage du paiement
Le Centre Monétique Interbancaire (CMI) a réagi aux récentes recommandations du Conseil de la concurrence, formulées à la suite d’une plainte déposée p...
Covid-19, danger maximal !
La situation sanitaire nationale s’est fortement aggravée ces derniers jours ! Au mardi 13 juillet, on comptait près de 1900 nouveaux cas d’infection par ...


lundi 30 janvier 2023
0 















Découvrir notre région