A Taïwan, Nancy Pelosi dit être venue « en paix » dans la région ; la Chine annonce des « actions militaires ciblées »
Pékin, qui a prévenu que la visite de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis serait vécue comme une provocation, a dénoncé une « attitude extrêmement dangereuse » des Etats-Unis, et a convoqué l’ambassadeur américain en Chine.
Nancy Pelosi (à gauche) aux côtés de la présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, mercredi 3 août. HANDOUT / AFP
Sa visite ne faisait plus guère de doute. Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, est arrivée mardi 2 août à Taïwan, à bord d’un avion militaire américain. Des images diffusées en direct par la télévision ont montré Mme Pelosi, 82 ans, accueillie par Joseph Wu, le ministre des affaires étrangères taïwanais.
« Nous venons en amis à Taïwan, nous venons en paix dans la région », a déclaré Mme Pelosi – la plus haute responsable américaine à visiter Taïwan depuis 25 ans – lors d’une rencontre avec le vice-président du Parlement taïwanais, Tsai Chi-chang.
« Aujourd’hui, notre délégation (…) est venue à Taïwan pour dire sans équivoque que nous n’abandonnerons pas notre engagement envers Taïwan et que nous sommes fiers de notre amitié durable », a ajouté Mme Pelosi lors d’un événement avec la présidente de l’île, Tsai Ing-wen.
Dès son arrivée, la haute responsable américaine avait déclaré que sa visite montrait le « soutien inconditionnel » des Etats-Unis « à la dynamique démocratique de Taïwan », tout en affirmant que sa venue ne « contredi[sait] » pas la politique américaine vis-à-vis de la Chine. « Les Etats-Unis continuent de s’opposer à tout effort visant à changer le statu quo » sur l’île, a-t-elle ajouté. Taipei a salué, de son côté, une visite témoignant du soutien « inébranlable » des Etats-Unis.
Un avion militaire américain avec à son bord la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, se prépare à atterrir à l’aéroport de Sungshan à Taipei, le 2 août 2022.
Un avion militaire américain avec à son bord la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, se prépare à atterrir à l’aéroport de Sungshan à Taipei, le 2 août 2022. SAM YEH / AFP
Pékin a immédiatement dénoncé l’attitude « extrêmement dangereuse » des Etats-Unis et annoncé des « actions militaires ciblées » visant à « défendre résolument la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale et à fermement contrecarrer les ingérences extérieures et les tentatives séparatistes d’“indépendance de Taïwan” ».
Selon l’agence officielle Chine nouvelle, Pékin a convoqué, mardi, l’ambassadeur américain en Chine, Nicholas Burns. Le vice-ministre chinois des affaires étrangères, Xie Feng, lui a exprimé les « protestations fermes » de son pays, ajoutant que « l’initiative [de Mme Pelosi de se rendre à Taïwan] est extrêmement choquante et les conséquences en seront très graves ».
Plus tôt, Pékin avait affirmé que « les Etats-Unis auront assurément la responsabilité [des conséquences de la visite] et devront payer le prix de leur atteinte à la souveraineté et à la sécurité de la Chine », selon les mots de la porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying. Pour appuyer leur message, les militaires chinois avaient diffusé lundi, sur Internet, une vidéo au ton martial montrant des soldats criant être prêts au combat, des chasseurs en train de décoller, des parachutistes sauter d’un avion ou encore une pluie de missiles qui anéantissent diverses cibles.
Faible probabilité d’un conflit armé
La présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, a affirmé, mercredi, que Taïwan « ne reculera pas » face à la menace militaire de la Chine. « Nous allons (…) continuer à défendre la démocratie », a-t-elle affirmé lors de sa rencontre avec Mme Pelosi, qu’elle a remercié pour avoir « pris des mesures concrètes pour montrer [son] soutien indéfectible à Taïwan en ce moment critique ».
Mardi soir, Taipei a annoncé que vingt et un avions militaires chinois étaient entrés dans sa zone d’identification de défense aérienne (ZIDA), une zone plus large que son espace aérien et qui recoupe en certains points la propre ZIDA de la Chine, voire son territoire. Peu avant l’annonce de l’atterrissage de Mme Pelosi, la chaîne de télévision chinoise CGTN avait déjà rapporté que des « avions de chasse chinois Su-35 » étaient en train de « traverser le détroit de Taïwan », qui sépare la Chine continentale de l’île revendiquée par Pékin.
« Certaines des zones des manœuvres de la Chine empiètent sur (…) les eaux territoriales de Taïwan », a déclaré le porte-parole du ministère taïwanais de la défense Sun Li-fang lors d’une conférence de presse. « Il s’agit d’un acte irrationnel visant à défier l’ordre international », a-t-il ajouté. « L’armée va assurément rester à son poste et protéger la sécurité nationale. Nous demandons au public d’être rassuré et de soutenir l’armée », a-t-il précisé.
Même si la plupart des observateurs jugent faible la probabilité d’un conflit armé, des responsables américains avaient dit se préparer à de possibles démonstrations de force de l’armée chinoise, comme des tirs de missiles dans le détroit de Taïwan ou des incursions aériennes massives autour de l’île.
Le Japon s’est quant à lui dit « préoccupé » par les exercices militaires chinois, dont certains devraient, selon Tokyo, déborder sur la zone économique exclusive (ZEE) japonaise.
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Taïwan et la Chine continentale sont gouvernés séparément depuis la prise du pouvoir par les communistes à Pékin, en 1949, et la fuite sur l’île du gouvernement nationaliste. Mais Pékin considère l’île comme une partie de son territoire à réunifier, par la force si nécessaire. Les 23 millions de Taïwanais vivent ainsi sous la menace constante d’une invasion de la Chine, cette crainte s’étant renforcée depuis l’arrivée au pouvoir du président Xi Jinping, qui a fait de la réunification une priorité.
Pékin a plusieurs fois mis en garde Washington contre la venue de la haute responsable, qui serait interprétée comme la reconnaissance de la souveraineté de l’île et donc vécue comme une provocation majeure. La semaine dernière, à l’occasion d’un entretien téléphonique avec le président américain, M. Xi avait appelé les Etats-Unis à ne « pas jouer avec le feu ».
Washington pratique à l’égard de Taïwan une diplomatie dite d’« ambiguïté stratégique », consistant à ne reconnaître qu’un seul gouvernement chinois, celui de Pékin, tout en continuant à apporter un soutien décisif à Taipei.
Mardi, la 7e flotte américaine a fait savoir sur Twitter que le porte-avions USS Ronald-Reagan, qui croise dans la région depuis début juillet, se trouvait dans la mer des Philippines, au sud de Taïwan. Il est accompagné du destroyer USS Higgins, qui fait partie de son groupe aéroporté, a précisé une responsable de l’US Navy ayant requis l’anonymat. Par ailleurs, un navire amphibie du corps des marines, l’USS Tripoli, naviguait au même moment à l’est de Taïwan, a ajouté la responsable de l’US Navy. Le Pentagone a assuré que la présence de ces deux navires dans la région n’était pas liée à la visite de Mme Pelosi.
Soutien de la Russie à la Chine
Nancy Pelosi est la plus importante responsable américaine à visiter Taïwan depuis celle de son prédécesseur à la tête de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, en 1997. Si la Maison Blanche se montre gênée par la situation, John Kirby, son porte-parole pour les questions de défense, a affirmé lundi que Mme Pelosi avait « le droit de visiter Taïwan ». « Il n’y a pas de raison pour que Pékin fasse de cette visite, qui ne déroge pas à la doctrine américaine de longue date, une forme de crise », a-t-il ajouté.
« La partie américaine a trahi sa parole sur la question taïwanaise », a cependant déploré, mardi, Wang Yi, le ministre des affaires étrangères chinois, avant même l’arrivée de Nancy Pelosi. Il faisait référence à l’engagement des Etats-Unis, depuis 1979, à n’avoir aucune relation officielle avec Taïwan. « Telle que nous la voyons, pareille visite semble très dangereuse et très provocatrice », a renchéri lors d’une conférence de presse l’ambassadeur chinois aux Nations unies, Zhang Jun.
Mardi soir, la Russie a apporté son soutien à la Chine, estimant que Pékin a le droit de prendre des mesures pour protéger sa « souveraineté et son intégrité territoriale ». Pour le ministère des affaires étrangères russe, la visite de Mme Pelosi à Taïwan est une « provocation évidente ».
SOURCE WEB PAR lemonde
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jeudi 4 août 2022
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