Covid-19 : Le Maroc est au début de la troisième vague (experts)
Les experts s'accordent sur le fait que le Maroc est au début d'une troisième vague de contaminations au Coronavirus qui risque d'être plus grave et plus meurtrière à cause du variant britannique, si rien n'est fait pour la contrer.
« Nous sommes au début de la troisième vague ». C’est la phrase qui peut résumer les différentes interventions des experts invités à la conférence scientifique numérique organisée par la Fondation Dr Abdelkrim Al-Khatib pour la Pensée et les Études, ce jeudi 8 avril.
D’éminents professeurs se sont attelés, pendant plus de deux heures, à expliquer les arguments qui les poussent à dire, sans équivoque, que le Maroc s’apprête à rentrer en plein dans une troisième vague de contaminations au Coronavirus qui risque d’être plus virulente en termes de nombre de cas et de décès.
Mohamed Amine Berraho, professeur d’épidémiologie à la Faculté de médecine et de pharmacie de Fès et membre du comité technique et scientifique, a décortiqué les données épidémiologiques.
Tous les chiffres sont sur un trend haussier
« Pendant six semaines, le Rt est resté en dessous de 1. Mais depuis trois semaines, il s’est stabilisé au-dessus de 1 pour atteindre 1,1. Cela veut dire que la situation épidémiologique est dynamique. Le nombre de cas s’accélère », avance le Pr Berraho.
« Nous sommes au début d’une troisième vague », dit-il sans équivoque.
Une phrase que répète mot pour mot Pr Ahmed Rhassane El Adib, professeur en anesthésie-réanimation au CHU Mohammed VI de Marrakech. Preuve que les experts s’inquiètent. « Nous ne vivons pas l’arrivée d’une grande vague de cas dans les services de réanimation mais nous restons vigilants et nous nous préparons », lance Pr El Adib.
L’analyse du nombre de cas montre, en effet, qu’il y a une reprise de la courbe des contaminations. Les données hebdomadaires le démontrent clairement :
– La semaine du 15-21 mars : 2.772 cas
– La semaine du 22-28 mars : 2.950 cas (+6,4%)
– La semaine du 29 mars au 04 avril : 3.538 cas (+20%)
« C’est un indicateur qu’on ne peut pas négliger car le développement de la pandémie est exponentiel. Si on continue sur la même cadence, il suffit de quatre semaines pour arriver à une moyenne de 7.000 à 10.000 cas par semaine. Dans six semaines, on atteindra 12.000 à 15.000 cas par semaine. Donc nous pourrions atteindre une moyenne de 2.000 cas quotidiens dont 100 à 200 cas graves par jour. En dix jours, on aura saturé toutes les places de réanimation disponibles », s’alarme Pr Berraho.
Le variant britannique gagne du terrain et inquiète
Si on prend en considération la donne du variant britannique, la situation pourrait être pire. Pr Berraho avance qu’il a suffi de deux mois pour que le variant britannique prenne la place de l’ancienne souche en Grande Bretagne où plus de 90% des nouveaux cas sont touchés par le variant.
C’est le cas également pour les autres pays européens où, en trois mois, le variant a supplanté l’ancien virus. Il représente désormais 60%.
Le variant britannique a causé une importante vague en Grande Bretagne, plus importante avec un important nombre de cas graves et de décès. « Le taux de reproduction a augmenté de 0,4 point en Grande Bretagne à cause du nouveau variant, celui de létalité a augmenté de 64% », précise Dr Jamaleddine Bourkadi, Pneumologue.
Une vitesse de transmission plus importante signifie que durant le même laps de temps, il en résultera une pression plus importante sur le système de santé à cause de l’augmentation du nombre de cas. Par ricochet, plus de cas entraîne automatiquement plus de cas graves et sévères. Sur ce registre, certaines études en Grande Bretagne rapportent même une plus grande virulence du nouveau variant entre 22 et 33%.
« Au Maroc, le variant britannique est en train d’évoluer et gagner du terrain pour remplacer l’ancien virus en proportion des cas enregistrés et en répartition géographique. On a commencé par un seul cas diagnostiqué, pour passer à une vingtaine, puis à 70 cas. Et selon les dernières données, il y a plus 115 cas diagnostiqués dans 7 régions du Maroc », analyse le Pr Berraho qui précise que les données mentionnées sont celles des cas diagnostiqués et non qui existent dans la réalité et qui devraient être plus nombreux.
Partant de là, quelles sont les prévisions ? « Dans quatre à six semaines, notamment au regard du relâchement des citoyens en matière de respect des mesures barrières, le variant deviendra le virus prédominant en circulation au Maroc. Il représentera entre 50 et 60% des cas enregistrés », présage le Pr en épidémiologie.
Il faut renforcer le diagnostic et la prise en charge
Les intervenants ont également relevé le recul enregistré en matière de diagnostic et de dépistage. Selon Pr Berraho, si Casablanca concentre plus de 70% des cas quotidiens c’est pour plusieurs raisons, parmi lesquels le « son respect des procédures et sa grande capacité de diagnostic, chose qu’on ne retrouve pas dans les autres régions ».
« Pour avoir une bonne lecture de notre situation épidémiologique, il faut avoir une grande capacité de diagnostic et de suivi. Malheureusement, on remarque une baisse importante des capacités de dépistage dans tous le Royaume. La moyenne quotidienne des tests est passée de 25.000 à 7.000 tests, avance-t-il.
En conséquence, il y a une sous-estimation des cas qui ne reflète pas la réalité.
« Si on fait une lecture en se basant uniquement sur les chiffres actuels, on va conclure que la situation est maîtrisée. Or, si on ajoute les autres données, à savoir le variant britannique, le relâchement des citoyens, l’insuffisance des mesures de surveillance, la réalité de notre système de santé fragile et une immunité collective insuffisante, on s’achemine dans les prochaines semaines vers une situation non maîtrisée », conclut-il.
Un contexte aussi tendu la veille du mois sacré de Ramadan, avec ses spécificités (regroupements familiaux, endroits fermés, durée de contact importante, mobilité importante,…), est une bombe à retardement.
Pour la désamorcer, nous n’avons pas d’autres chois que de travailler sur les mesures de contrôle et de surveillance : Plus de tests, plus de dépistage, plus de rigueur dans le respect des mesures barrière, poursuivre la vaccination.
Pour sa part Pr Ahmed Rhassane El Adib insite que le système de santé doit absolument se préparer car les contraintes sont importantes. « Le citoyen, partout où il est, doit savoir vers où se diriger s’il tombe malade. Le parcours de soins n’est pas clair pour les citoyens. Il faut une participation et une implication locale de tous les secteurs privé, public,… même hors secteur de la santé pour rendre le diagnostic et la prise en charge plus rapides », avance-t-il.
Il préconise également de préparer le système d’intervention d’urgence, centres de régulation et de travailler sur la communication entre les professionnels et avec les citoyens.
Le 12 avril 2021
Source web Par : medias24
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mercredi 14 avril 2021
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