Accords historiques entre Israël les Emirats et Bahreïn
Par ces accords, Donald Trump espère apparaître en "faiseur de paix" avant la présidentielle américaine.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a signé mardi 16 septembre avec les Emirats arabes unis et Bahreïn des accords historiques dénoncés par les Palestiniens, sous l'égide de Donald Trump qui espère apparaître en "faiseur de paix" avant la présidentielle américaine.
"Après des décennies de divisions et de conflits, nous sommes témoins de l'aube d'un nouveau Moyen-Orient", a déclaré le président des Etats-Unis lors d'une cérémonie en grande pompe dans les jardins de la Maison Blanche.
Après avoir affirmé que "cinq ou six pays" arabes supplémentaires suivraient "très bientôt" l'exemple des deux Etats du Golfe, il a ensuite évoqué un objectif encore plus ambitieux de "sept ou huit", "y compris les gros", dont l'Arabie saoudite "le moment venu".
Benjamin Netanyahu a estimé que l'entente scellée à Washington était un "tournant de l'histoire" susceptible de "mettre fin au conflit israélo-arabe une fois pour toutes".
Devant une assistance fournie malgré la pandémie, il n'a pas été avare en compliments à l'égard de son "ami" Donald Trump, avant de lancer, en arabe, à ses nouveaux interlocuteurs: "Assalamu Alaikum", "que la paix soit avec vous".
Il est en revanche resté muet sur le sort des Palestiniens, grands absents de mardi, même si les ministres des Emirats et de Bahreïn ont rappelé leur cause.
Saluant "un changement au coeur du Moyen-Orient", le ministre émirati des Affaires étrangères, Cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane, a personnellement remercié Benjamin Netanyahu "pour avoir choisi la paix et pour avoir stoppé l'annexion de territoires palestiniens" -- même si ce dernier assure qu'il ne s'agit que d'un report.
Le chef de la diplomatie de Bahreïn, Abdel Latif al-Zayani, a lui clairement appelé à une "solution à deux Etats" pour mettre fin au conflit israélo-palestinien.
Le Premier ministre israélien a signé des accords bilatéraux avec les deux ministres, avant une déclaration commune paraphée par les trois hommes et le président américain. Mais, à l'ère du Covid-19, aucune poignée de mains n'a immortalisé cet instant.
"Fin de l'occupation"
Ces deux pays arabes sont les premiers à reconnaître Israël depuis l'Egypte et la Jordanie, en 1979 et 1994.
Les Emirats et Bahreïn, des monarchies sunnites, partagent avec l'Etat hébreu une animosité envers l'Iran chiite, ennemi numéro un de Washington dans la région.
De nombreux Etats arabes pétroliers cultivent discrètement des liens avec les autorités israéliennes depuis des années, mais cette normalisation offre de riches opportunités, notamment économiques, à ces pays qui tentent de réparer les ravages de la pandémie.
"C'est une réussite de première classe", assure David Makovsky, du Washington Institute for Near East Policy, tout en soulignant que cela "n'implique pas la même prise de risque" pour les Israéliens que celle acceptée par Menahem Begin, "lorsqu'il a abandonné le Sinaï" à l'Egypte, ou Yitzhak Rabin, lorsqu'il a négocié avec le Palestinien Yasser Arafat.
La "vision pour la paix" présentée en janvier par Donald Trump, qui visait à mettre fin au conflit israélo-palestinien, est loin d'être couronnée de succès: l'Autorité palestinienne l'a rejetée en bloc et dénie au président américain le rôle même de médiateur depuis qu'il a enchaîné les décisions favorables à Israël.
"Il n'y aura aucune paix, sécurité ou stabilité pour quiconque dans la région sans la fin de l'occupation et le respect des pleins droits du peuple palestinien", a prévenu mardi le président palestinien Mahmoud Abbas.
Les Palestiniens dénoncent un "coup de poignard dans le dos" de la part de ces pays accusés de pactiser avec l'Etat hébreu sans attendre la naissance de leur Etat. Quelques dizaines de militants palestiniens ont manifesté à l'extérieur de la Maison Blanche pendant la cérémonie.
L'administration Trump avait toujours dit vouloir secouer la région en rapprochant Israël de ses voisins arabes dans une sorte d'union sacrée contre l'Iran. Ces accords esquissent ce changement d'ère et semblent reléguer la question palestinienne en arrière-plan, comme l'espérait la Maison Blanche.
Le ministre d'Etat émirati aux Affaires étrangères, Anwar Gargash, a assuré qu'il fallait "une percée stratégique", car la "démarche des Arabes consistant à ne pas avoir de contacts avec Israël" n'avait "pas servi les aspirations du peuple palestinien".
Selon David Makovsky, "ce n'est plus le Moyen-Orient de papa, c'est une nouvelle région" où, fait extraordinaire, la Ligue arabe a refusé de condamner la décision des deux monarchies du Golfe.
"Les Palestiniens vont attendre de voir ce que donne l'élection américaine, mais quand la poussière retombera, ils devront repenser leur position", estime cet ex-diplomate américain.
Les avions de la discorde
Pour Donald Trump, qui brigue un second mandat dans sept semaines et n'avait jusqu'ici que peu d'avancées diplomatiques à présenter aux électeurs, c'est un succès reconnu jusque chez ses adversaires démocrates.
Depuis l'annonce le 13 août de l'accord israélo-émirati, suivie la semaine dernière de celle concernant Bahreïn, le camp du milliardaire républicain ne lésine pas sur les superlatifs pour vanter son action, digne à l'en croire du prix Nobel de la paix.
Des divergences sont toutefois déjà apparues sur les conditions entourant l'accord avec les Emirats.
Le président américain a ainsi assuré mardi qu'il n'aurait "aucun problème" à vendre des avions de chasse américains F-35 aux Emirats arabes unis, qui veulent en acquérir de longue date.
Or, Benjamin Netanyahu s'oppose fermement à cette vente, pour préserver la supériorité militaire de son pays dans la région.
Le 16/08/2020
Source Web Par Médias 24
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mercredi 16 septembre 2020
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