DIAPORAMA - Au Maroc, la solaire éclaire même la nuit
REPORTAGE. À Ouarzazate, dans le sud marocain, la plus grande centrale solaire du monde conjugue plusieurs technologies qui permettent de consommer et stocker l’énergie.
La tour d’observation de la centrale solaire d’Ouarzazate offre un panorama féérique sur les premières neiges des montagnes du Haut Atlas. Le soleil couchant darde les nuages épars et illumine les miroirs courbes des champs de la centrale qui tels de longs toboggans rectilignes s’étirent jusque vers l’horizon.
Un des plus grands complexes industriels solaires du monde
La centrale Noor, l’un des plus grands complexes industriels solaires du monde (1), porte bien son nom. « Lumière intense, un peu comme la lumière de Dieu », précise Rachid Bayed, directeur réalisation de la centrale. Ouarzazate, à 200 km au sud-est de Marrakech, est plus connu pour son tourisme, ses studios et tournages de cinéma – dont les légendaires scènes de désert de Lawrence d’Arabie. Bientôt, elle le sera aussi pour sa centrale qui s’ouvrira au public, lorsqu’elle sera pleinement opérationnelle.
L’agence marocaine pour les énergies renouvelables (Masen), créée en 2009, a jeté son dévolu sur les lieux pour expérimenter, à échelle industrielle, les différentes technologies solaires. Le site, aux portes du désert, affiche plus de 300 jours d’ensoleillement par an et un haut niveau d’irradiation solaire de 2 450 kWh/m2/an. Sur volonté royale, le Masen a mission de doper la part d’électricité d’origine renouvelable – hydraulique, éolienne et solaire – pour la porter de 34 % aujourd’hui à 42 % en 2020 et 52 % en 2030. Pour ce faire, le Maroc met le turbo sur les grosses installations, plus qu’il ne mise sur les particuliers.
Des compétences et des financements mondiaux
Les quatre tranches Noor I à Noor IV, qui cumulent une puissance installée de 580 mégawatts, ont été construites avec le soutien des grands bailleurs de fonds internationaux (2) et ont attiré les compétences planétaires : des miroirs allemands, des panneaux chinois, des onduleurs espagnols, des transformateurs belges, etc. Ou encore le CEA français ou le japonais Sumimoto pour collaborer à la plate-forme de recherche et développement.
Cette nouvelle expertise, le Maroc la fait valoir sur le continent. Des mémorandums d’entente ont été signés avec une douzaine de pays et un partenariat stratégique a été conclu avec la Banque africaine de développement (BAD) en vue du déploiement de l’initiative « Desert to power » (transformer le désert en énergie) dans onze pays de la zone sahélo-saharienne.
Produire de l’électricité jusqu’à sept heures après le coucher du soleil
« Nous ne sommes pas entrés en compétition avec d’autres activités agricoles ou d’élevage », justifie d’emblée Rachid Bayed. Embrassant du regard la centrale qui s’étale sur 3 000 hectares de sol aride au pied de la tour, le directeur ne cache pas sa satisfaction. Noor I, opérationnelle depuis février 2016, affiche « un rendement supérieur aux prévisions », affirme-t-il. Mais surtout, avec la mise en service en cours des trois autres tranches, le complexe « peut produire de l’électricité jusqu’à sept heures après le coucher du soleil ».
C’est que les centrales solaires thermiques à concentration (CSP), adaptées aux seules régions à fort ensoleillement, fonctionnent comme des centrales électriques classiques avec de la production de vapeur entraînant une turbine qui fait tourner un générateur producteur l’électricité. Sauf que le soleil est le combustible.
À Noor I et II, le rayonnement solaire vient frapper les capteurs cylindro-paraboliques de la centrale qui pivotent pour suivre la trajectoire du soleil. Un capteur central en forme de tube concentre les rayons réfléchis par les miroirs concaves et chauffe ainsi le fluide caloporteur qu’il contient. Dans l’usine attenante, d’énormes réservoirs permettent de stocker de la chaleur à 390 °C et de puiser dedans, une fois le soleil couché, pour produire de l’électricité.

La construction de la centrale solaire de Noor, au Maroc / Google Earth
La chaleur stockée à 560 °C
Noor III inaugure, elle, une autre technologie de solaire à concentration. 7 400 héliostats ou miroirs plats grands comme des terrains de tennis déployés en un immense champ ovale renvoient le rayon solaire sur un récepteur perché en haut d’une tour de 243 mètres qui capte l’énergie thermique. Plus puissant, le système stocke la chaleur à 560 °C et laisse ainsi augurer des rendements plus élevés. Enfin Noor IV fait appel à du solaire photovoltaïque (PV) poly cristallin qui produit directement de l’électricité, des matériaux semi-conducteurs transformant les photons en électrons.
« C’est le mixage des technologies qui permet d’utiliser prioritairement le PV le jour et de stocker du CSP. Nous prévoyons une réelle hybridation de ces technologies pour de futures centrales », explique Rachid Bayed.
Dans la salle de contrôle, cerveau de la centrale, ingénieurs et techniciens opèrent en 3X8, 24 heures sur 24. Sur les champs solaires, des capteurs alertent lorsqu’il faut nettoyer les miroirs afin que la réflexion des rayons reste optimale. Pour la production de vapeur et le nettoyage, Noor engloutit deux millions de mètres cubes d’eau par an. Pour son directeur, « ce n’est rien au regard des 50 à 60 millions de mètres cubes qui s’évaporent chaque année des réserves de 440 millions de mètres cubes du barrage d’El Mansour Eddahbi situé sur le Drâa voisin ».
Le 04/12/2018
Source web par: la croix
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lundi 10 décembre 2018
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