Rifai: «Le touriste n’est pas un simple paresseux qui veut bronzer»
Le voyageur exige son droit au voyage «intelligent», indique l’ex-SG de l’OMT
L’enfermer dans un all inclusive, le meilleur moyen de le perdre
De belles perspectives se profilent, mais le secteur reste sourd aux avancées technologiques
«Le secret de la réussite est simple: de la volonté», indique Taleb Rifai, économiste jordanien, et ancien SG de l’Organisation mondiale du tourisme jusqu’en 2017. Surtout qu’il faudra faire preuve de beaucoup de créativité et de ténacité pour adapter le secteur à la révolution technologique (Ph. UNWTO)
- L’Economiste: Le secteur semble avoir amorcé sa reprise. Quelles sont les tendances actuelles en matière touristique?
- Taleb Rifai: Le tourisme est l’un des secteurs économiques à n’avoir jamais arrêté sa croissance et qui continue de le faire, malgré les crises par lesquelles est passé le monde. C’est un secteur tenace qui puise sa force dans le fait qu’il s’est hissé au stade de véritable culture populaire. Le voyage est devenu un droit pour l’homme, ce qui a entraîné une croissance exponentielle de ce secteur.
- Les prochaines années s’inscriront-elles aussi dans cette tendance haussière?
- Les projections ne font pas état de récession pour ce secteur tout au long des 20 à 30 prochaines années. La raison est que cette culture du voyage continue de s’étendre et de se distribuer au niveau de toutes les couches de la société. Les analystes de l’OMT prévoient d’atteindre les 2 milliards de touristes à l’horizon 2030, alors qu’en 2017, ils étaient 1,31 milliard dont 350 millions de touristes pour la seule région méditerranéenne. Et ces chiffres ne font pas état du tourisme national qui atteindrait 4 à 5 fois ce niveau. C’est pourquoi certains qualifient le tourisme de «pétrole qui ne tarira jamais».
- Quels sont les défis qui attendent le secteur et les opérateurs?
- Le problème actuellement est que le secteur n’est pas pris trop au sérieux par les responsables gouvernementaux. Pour une grande majorité, le tourisme se résume au fait d’accueillir des paresseux voulant bronzer sur une plage. Même au niveau des recettes, on n’a pas une grande idée de leur importance. J’ai rencontré un grand nombre de responsables qui étaient surpris en entendant les chiffres.
- Vous ne craignez pas que les crises actuelles puissent déstabiliser cette envolée?
- La réalité est que dans la Méditerranée et dans d’autres régions, il existe de grandes capacités. Dans beaucoup de pays, le tourisme est devenu une partie de la culture et il serait impossible de le leur enlever. De la sorte, le tourisme ne serait pas près de reculer quels que soient les crises et les problèmes, même le terrorisme, surtout dans les régions avec une grande histoire en matière touristique. Les flux peuvent se déplacer momentanément comme en Tunisie il y a quelques années avec les attentats, mais ils finissent pas revenir. Au niveau global, il n’ y aura pas de recul.
- Quelle lecture faites-vous des perspectives au Maroc?
- Sans détour, la marque Maroc a réussi à s’imposer au niveau mondial en jouissant d’un grand respect et estime. Dépasser la barrière de la reconnaissance est très important. Le secret de sa réussite est simple: de la volonté. Le Maroc s’est doté d’une forte volonté politique en matière touristique et à tous les niveaux hiérarchiques. Ce qui place le secteur à un niveau prioritaire et important. En matière touristique, le Maroc et la Tunisie font figure de pionniers au Maghreb face à d’autres pays qui, malgré d’importants moyens, font du surplace.
- Quel rôle pour le digital en matière de développement touristique?
- Je crois fermement que les nouvelles technologies affecteront le tourisme, mais de l’extérieur. Les opérateurs du secteur sont plutôt traditionnels et n’ont aucune envie de sortir des chemins balisés. Mais là ils sont en train de subir de nouveaux effets, c’est le cas d’Airbnb, Uber et toutes ces technologies participatives. Actuellement, l’hôtellerie classique attaque de manière frontale Airbnb alors qu’elle aurait dû l’intégrer et en profiter. Ces technologies ne s’arrêteront pas, il vaut mieux s’associer avec elles. On ne peut pas lutter contre le changement, on doit l’intégrer si on veut en profiter. Et c’est le principal défaut du secteur, son conservatisme et sa forte résistance au changement.
Il faut éviter les pièges
Pour Taleb Rifai, le secteur ne se limite pas à des rangées de chiffres et d’histogrammes. L’ingénieur de formation déplore les effets néfastes sur les sociétés d’accueil de certaines pratiques touristiques comme celles pratiquées par les resorts en ‘All Inclusive’. «Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le secteur en lui-même, mais plutôt ses effets sur la société et les gens», insiste-t-il. «Quand on construit des complexes touristiques en All Inclusive avec portes fermées et on garde les touristes enfermés derrière des murs, on ne récolte aucun fruit et pire encore, on sème les graines d’une haine entre autochtones et visiteurs», déplore l’ancien patron de l’OMT. Il faudrait plutôt des implantations touristiques qui profitent aux sociétés hôtes, en démolissant les murs et en augmentant l’interaction entre les visiteurs et leurs hôtes.
Le 23 octobre 2018
Source Web : L’économiste
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jeudi 25 octobre 2018
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