Contexte économique et social Le réveil des régions
Bonne année, meilleurs vœux de bonheur et de prospérité, les formules de politesse rituelles propres à cette période de début d’un nouvel an portent en elles cet espoir toujours renouvelé d’un avenir meilleur que le passé. C’est Jules César qui avait choisi le 1er janvier comme premier jour du nouvel an, jour où l’on élisait les consuls de Rome, mais également où l’on fêtait le dieu bicéphale Janus, divinité romaine des commencements et des fins, mais aussi des portes, du passage et des choix, représenté par l’une des têtes tournée vers le passé, l’autre vers l’avenir. Double symbolique, donc, politique et mythique, qui annonce un continuel renouvellement, le futur reflétant néanmoins en partie le passé.
Regarder 2018 en roulant droit devant nécessite, alors, de jeter de temps en temps un coup d’œil sur le rétroviseur pour garder à l’esprit ce qui a commencé à germer ou à mûrir en 2017.
Les discours de SM le Roi, où il affiche aux Marocains ses ambitions pour un Maroc émergent
partant de fines analyses des contextes économiques et politiques internes et externes, et les programmes économiques et sociaux qu’il promeut personnellement, ont cet aspect avant-gardiste qui rend encore plus flagrant le décalage avec les lourdeurs de l’instrument étatique, dans la plupart de ses composantes institutionnelles, qui entravent la traduction sur le terrain des politiques tracées, avec pour finalité d’améliorer le vécu quotidien des citoyens.
Les voix d’outre-Maroc utile
Qu’en est-il, par exemple, de la mise en œuvre effective de la régionalisation avancée et de la dynamique d’essor socioéconomique qui en est escompté ? « Nous avons procédé au lancement du chantier de la régionalisation avancée, dont la vocation est de raffermir la bonne gouvernance territoriale et de stimuler la dynamique de développement intégré » avait déclaré SM le Roi dans Son discours à l’occasion du 57ème anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple. C’était il y a plus de sept ans. La constitutionalisation de la régionalisation avancée date, quant à elle, d’il y a six ans. C'est-à-dire qu’entre temps, institutions élues et départements ministériels ont eu tout le temps nécessaire pour donner corps à cette régionalisation avancée et impliquer les populations concernées dans des projets destinés à leur procurer des perspectives d’épanouissement socioéconomiques et culturelles.
Réponse en est un constat de non-efficience incontestable, dont les axiomes ont été énoncés à Al Hoceïma, et la validité ensuite confirmée à Zagora et maintenant à Jerada. Le concept dual centre/périphérie a beaucoup perdu de sa pertinence politique opérative. Le réveil des régions, c’est d’abord leur influence croissante sur les décisions politiques prises par les autorités « centrales ». Ce dont découle une délicatement évidente situation. A moins d’accorder une plus grande autonomie de gestion auxdites régions, la capitale va s’en retrouver de plus en plus souvent l’otage, au gré des éruptions d’insatisfaction populaires. Et de fil en aiguille se pose la question de la qualité de la représentation politique régionale et de la compétence des autorités territoriales par rapport aux défis du processus de régionalisation.
Changement de paradigmes
Avec l’émergence de nouvelles attentes à l’échelle des régions, de nouveaux profils, mieux adaptés aux nouvelles tâches à accomplir, sont vivement souhaités. Sauf que c’est pour des rôles d’acteurs politiques déjà existants, mais en mode quasi-passif, aggravé le plus souvent d’un profil vulgairement affairiste. Que ce soit à tort ou à raison, c’est du moins tels que sont perçus nombre d’élus locaux par les populations qui se sentent délaissées, ayant toutefois saisi que les réseaux sociaux et autres sites d’hébergement d’enregistrements vidéos leur offraient enfin l’opportunité de crier leur détresse à la face de tous.
Quand les manifestants dans les différentes régions du Maroc font appel directement au Roi pour résoudre leurs problèmes, il y a là matière à réfléchir. Non seulement parce que c’est une accusation directe d’incompétence adressée aux institutions élues et aux autorités territoriales, mais surtout d’absence de solution alternative formalisée pour se faire entendre alors que des armées de trolls n’attendent qu’une étincelle pour déclencher des tirs nourris d’hashtags, aux idées à vue aussi courte que les textes pour les exprimer, et allumer des incendies sur les réseaux sociaux.
A partir de Rabat, on voit grand. La province d’Al Hoceima, c’est le phare de la Méditerranée (intitulé du projet de développement qui lui est consacré), l’édification des grands ouvrages hydrauliques, le moyen d’assurer l’eau potable et d’irriguer les cultures. C’est normal, puisque c’est la capitale, le rôle des fonctionnaires qui s’y emploient comme une armée de fourmis, dans un concentré urbain de beaux buildings ministériels sentant frais la modernité, est justement de penser à l’échelle de toute la nation. Toutefois, vus par les petites gens d’Al Hoceima et de Zagora, la lumière diffusée par le phare, même si c’est une bénédiction, est cependant trop élevée pour éclairer les villages miséreux se trouvant justes en bas, à ses pieds. Pareillement, les infrastructures hydrauliques qui permettent de retenir et de distribuer les eaux sont d’une importance vitale, à ne point en douter, sauf que le précieux liquide n’atteint pas toutes les bouches assoiffées. Il n’irrigue pas, non plus, toutes les parcelles de subsistance.
Small is beautifull
Ernst Friedrich Schumacher, un économiste anglais à la démarche intellectuelle atypique, avait publié, en 1973, un ouvrage intitulé « Small is beautifull (ce qui est petit est beau), une société à la mesure de l’homme ». Il y prône une conception de l’économie qui tienne compte de ses environnements social et naturel. Même si son ouvrage eut grand succès à l’époque, il n’a pas été apprécié par les économistes des pays du tiers-monde, qui préféraient voir « grand » pour leurs pays encore grisés par l’euphorie des indépendances. Pour les résultats que l’on connaît…
L’action accomplie par des Ongs aux moyens limités, agissant petit et local avec effet relativement immédiat sur les personnes ciblées, est pourtant là pour témoigner, à contrario, de l’inanité des grands projets pour le commun des citoyens, que la folie des grandeurs ne nourrit que les grandes entreprises qui présentent des ardoises salées. Et quand il devient évident que l’approche de développement adoptée est considérée comme stérile par le plus grand nombre, il est stupide de s’imaginer que c’est juste un problème de communication. Ce n’est pas la beauté de la démonstration « scientifique » qui compte, mais bel et bien la perception du destinataire final, le citoyen. Il n’est pas savant, mais sait ce qu’il veut.
L’éveil du citoyen auparavant contenu aux marges géographiques et socioéconomiques, la prise de conscience de son potentiel revendicatif, la menace posée par la rapidité de récupération, de structuration et de réorientation des manifestations spontanées de protestation, le tout étant ce qu’il est possible de désigner par le réveil des régions, l’année 2017 en aura été le terreau fertile, toutes ces tendances sociopolitiques lourdes y ont profondément germées. 2018 saurait-elle être celle de la floraison désirée et entretenue de la régionalisation avancée tant attendue ?
Le 06 Janvier 2018
Source Web : Libération
Les tags en relation
Les articles en relation
Régionalisation: Le gouvernement envisage un plan stratégique pour les transferts de compétences
Le gouvernement va élaborer un plan stratégique pour piloter le transfert progressif des ressources et des compétences vers les régions. Le FMI lui-même s�...
Le tourisme marocain entre obsolescence, durabilité et disruption
En tant que professionnels, la seule communication durable (et non fiable) aura été alimentée par les rumeurs et informations étrangères, définissant par ...
Partenariat UE–Maroc : 2,48 Mds DH pour les reformes en 2025
En 2025, l’Union européenne (UE) réaffirme son rôle de partenaire stratégique du Maroc en mobilisant 2,48 milliards de dirhams (233,42 millions d’euros)...
Al-Hoceima : qui veut saboter le retour au calme et nuire à la tranquillité de ses habitants ?
Les autorités locales d’al-Hoceima ont informé l’opinion publique 48 heures auparavant de leur décision d’interdire la marche de « soutien au Hirak »...
Régionalisation avancée : La GIZ évaluera le PDR de la région du Souss-Massa
La Deutsche Gesellschaftfür Internationale ZusammenarbeitGmbH (GIZ) procédera à une évaluation du Plan de développement régional (PDR) de la région du ...
Zagora : alerte aux criquets pèlerins, invasion sous contrôle
À Zagora, une invasion de criquets pèlerins venus du sud-est de l’Algérie menace les oasis, palmeraies et cultures vivrières locales, notamment dans les z...
Hirak du Rif : Coups médiatiques et coups de matraque
Depuis l'émergence du Hirak du Rif, les soutiens et détracteurs de la cause se déchirent. Marches de solidarité ou vives condamnations via les médias e...
Contre les disparités, le chef du gouvernement promet des changements
C’est un homme confiant qui cherche à convaincre sans pour autant céder aux provocations. Le chef du gouvernement Saad-Eddine El Othmani a passé, ce mardi,...
Lancement d'une nouvelle liaison maritime entre le Maroc et l'Espagne
La compagnie de transport maritime FRS va lancer une nouvelle desserte entre Motril (Grenade, sud de l'Espagne) et le port de Tanger, apprend-t-on vendredi ...
Colloque nationale de la régionalisation avancée : Une première journée riche en échanges
Présidents de régions, élus régionaux, maires, présidents des conseils provinciaux et préfectoraux, Association des régions du Maroc, Association des con...
Inondations au nord du Maroc : diaspora mobilisee
Les inondations dévastatrices qui ont frappé le nord du Maroc ont entraîné l’évacuation préventive de plus de 154 000 personnes, notamment à Ksar El Ke...
ALERTE TSGJB Mohammed VI reçoit le rapport 2025 de Bank Al-Maghrib
Le roi Mohammed VI, accompagné du prince héritier Moulay El Hassan, a reçu au Palais royal de Tétouan Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, venu pré...


lundi 8 janvier 2018
0 















Découvrir notre région