Agriculture. Les réussites et les contraintes du Plan Maroc Vert
Une commission de la Chambre des conseillers s’est chargée de l’évaluation de quelques politiques publiques phares, dont le Plan Maroc Vert. Il en ressort quelques contraintes auxquelles le plan s’est heurté depuis le début de son exécution, en 2008 et qui n'ont pas empêché d'indéniables réussites.
Pour la deuxième année consécutive, une commission parlementaire [présidée par Abdelkrim Mehdi, représentant de la CGEM], s’est chargée d’élaborer un document présentant l’évaluation de plusieurs politiques publiques phares, dont le Plan Maroc Vert.
Selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, le Plan Maroc Vert a fortement renforcé la contribution de l’agriculture à la croissance. En effet, alors que cette contribution ne dépassait pas 6% sur la période 2000-2007, elle est passée à 20% sur la période 2008-2015. Sur la même période, la croissance annuelle moyenne du secteur s’est établie à 7,7%.
Outre la croissance, le PMV s’est avéré être une véritable stratégie de résilience face au stress hydrique pesant sur l’agriculture marocaine, comme on l'a vu pour la campagne agricole 2015-2016.
En effet, si comme calculé par le ministère, le PIB agricole de 2016 se rétracte à 16 MMDH (soit une baisse de 14% par rapport à la campagne précédente), cela devrait l'amener à 102 MMDH: "Grâce au PMV, l’agriculture nationale ne devrait plus passer sous la barre psychologique des 100 MMDH, même pour l’année en cours, la plus difficile depuis 1994-1995", estime le ministère.
En outre, la production céréalière de la campagne actuelle (33 millions de quintaux) dépasse les 16 millions de quintaux produits durant la deuxième campagne de 1994-1995 alors que dans le domaine pluviométrique, le Maroc n'avait pas connu un tel déficit depuis 30 ans. L’agriculture nationale est donc à présent deux fois plus résiliente en situation de déficit chronique de pluies.
Le PMV a pu également apporter sa pierre à l’édifice en matière d’emploi. Les projets lancés dans le cadre du partenariat public-privé autour des terrains agricoles du domaine privé de l’Etat, ont permis de créer près de 61.000 emplois, grâce à un investissement de près de 21,6 MMDH.
Par ailleurs, la productivité du travail dans la branche agricole a augmenté à un rythme supérieur à celle enregistrée au niveau de tous les autres secteurs: 9,4% par an entre 2008 et 2014 contre 2,1% entre 2000 et 2007. Le PMV a également pu augmenter le volume de travail sur la période 2008-2014 de 10 à 15%.
D’un autre côté, l’examen des investissements réalisés dans le cadre du PMV font ressortir un taux de croissance annuel moyen de l’investissement de 14%. L’investissement global cumulé sur la période 2008-2015 s’établit donc à 85 MMDH, dont 49 MMDH d’investissements privés.
En outre, le taux d’investissement du secteur agricole, ayant affiché une longue baisse sur la période 2002-2009 (passant d’un taux de 13% en 2002 à 4% en 2008), a vu son niveau revenir à 13% en 2015, grâce au PMV. En 2014, ce taux avait atteint 14%.
Par ailleurs, selon les chiffres de l’Office des changes, entre 2009 et 2015, les exportations marocaines des produits agricoles ont été marquées par une dynamique assez positive, avec un taux de croissance de plus de 54%, atteignant ainsi 22,6 MMDH.
Cette hausse a été enregistrée au niveau de toutes les filières et réalisée dans un contexte mondial caractérisé par une régression de la demande des principaux marchés importateurs des produits agricoles.
En suivant ce même rythme d’évolution, les exportations agricoles pourraient atteindre une valeur de 33 MMDH en 2020, soit plus de 120% par rapport à 2009.
Des réussites, des contraintes aussi...
Outre les réalisations du plan, rendues publiques à plusieurs occasions, le Plan Maroc Vert se heurte encore à quelques difficultés.
Tout d’abord, il y a la faible exploitation des moyens de production. Ainsi, la commission parlementaire relève dans son rapport que les agriculteurs marocains consomment moins d’engrais que leurs confrères d’autres pays voisins, notamment en France, où l’on consomme quatre fois plus d’engrais qu’au Maroc. D’une autre part, le secteur agricole pâtit toujours du faible taux de mécanisation, 11 fois plus inférieur que le taux enregistré en Espagne, par exemple.
Le rapport relève également la problématique du financement bancaire des projets agricoles: la part des agriculteurs ayant bénéficié de crédits bancaires ne dépasse pas les 18%, selon la commission. En outre, celle-ci estime que l’aide adressée au secteur ne représente que 8% des revenus des agriculteurs. L’aide étatique à l’agriculture dépasse les 70% dans d’autres pays, ce qui pèse sur la compétitivité mondiale de l’agriculture marocaine.
Impactées par ces facteurs, les unités agro-industrielles ne représentent que 24% de l’ensemble du tissu industriel marocain. Par ailleurs, le secteur souffre du manque d’organisation et d’encadrement, se traduisant par une gestion amateur des exploitations.
Autre problème: le foncier agricole. Tout d’abord, le rapport attire l’attention sur un fait: la majorité des exploitations agricoles ne sont pas immatriculées à la conservation foncière.
Ensuite, il y a le problème du fractionnement: 70% des exploitations agricoles ont une surface inférieure à 2 hectares, freinant ainsi les diverses possibilités de drainage d’investissements ainsi que tout effort de modernisation et de mécanisation. La plupart des exploitations se trouvent donc limitées à des cultures vivrières comme la culture céréalière, largement tributaire de la pluviométrie.
Les cultures céréalières continuent ainsi de constituer 75% des terres arables marocaines, même si celles-ci ne contribuent qu’à hauteur de 10 à 15% au chiffre d’affaires agricole, et de 5 à 10% aux taux d’emploi du secteur.
Conscient de cette problématique, le Plan Maroc Vert s’est engagé à réduire les cultures céréalières de 22% à l’horizon 2020, en les substituant par des cultures moins dépendantes des conditions climatiques.
Le 11 Août 2016
SOURCE WEB Par Médias 24
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samedi 13 août 2016
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