L’Afrique face aux défis du développement : Une gouvernance vieillarde face à une jeunesse bouillonnante
Cet auteur, philosophe et historien, aborde sans voile cette problématique dans son nouvel ouvrage intitulé « Politique de l’inimitié » aux éditions La Découverte. Au delà des questions qu’il évoque dont, entre autres, les défis des migrants, la force de la jeunesse, les écueils du libéralisme, mais aussi le jihadisme, c’est le volet politique en Afrique qui attire l’attention du lecteur.
En effet, malgré la vague d’élections que connaît l’Afrique francophone en cette année 2016, Achille Mbembe reste sceptique. Car pour lui, il s’agit d’élections sans choix. C’est une mécanique destinée à perpétuer les pouvoirs existants, fait-il remarquer. En d’autres termes, à l’entendre, la plupart de ces élections ne débouchent absolument pas sur quelque alternance que ce soit, même lorsqu’un président remplace l’autre.
Jusqu’au début des années 90, l’explication donnée par les spécialistes a été que les pouvoirs africains étaient dominés par des grands hommes. Ce qu’ils appellent en anglais « The Big Man’s ».
Au fond, on se rend compte au début de ce siècle que ce sont des pouvoirs qui bénéficient d’un enracinement profond au sein des sociétés. Il ne s’agit plus de grands hommes en tant que tels, il s’agit de réseaux qui se sont constitués au cours du siècle dernier. Et ces réseaux se sont transnationalisés, ils ont fait système, et ce sont des systèmes qui aujourd’hui fonctionnent de façon assez efficace pour se préserver au pouvoir et surtout pour se reproduire dans la durée.
Et quand on regarde les chefs d’Etat en place, on se rend compte que la majorité est constituée de personnes âgées, en déphasage avec l’aspiration des peuples, dépassées par les enjeux du développement.
Leur attachement au pouvoir, en ne reculant devant rien au risque d’embraser leur pays, en est la parfaite illustration. Leur quête d’un énième mandat prouve, selon Achille Mbembe, pour finir des chantiers de 20 à 30 ans, explique bien le retard que connaît l’Afrique aujourd’hui. Ce qui pose un vrai dilemme à la jeunesse africaine : quitter le continent à travers des réseaux de passeurs crapuleux pour l’Europe ou parfois intégrer des groupes d’islamistes.
Achille Mbembe est on ne peut plus clair : il faut ouvrir le continent sur lui-même. « Il faut transformer l’Afrique en un vaste espace de circulation. Pour le moment, nous souffrons d’une double pénalisation. Les Africains ne sont les bienvenus nulle part ailleurs dans le monde et ils ne sont pas les bienvenus, y compris chez eux. Il faut démanteler les frontières héritées de la colonisation et assurer les conditions d’une mobilité accélérée pour que l’Afrique redevienne sa force propre ». Tout est dit.
Le 13 Mai 2016
SOURCE WEB Par L’opinion
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mercredi 18 mai 2016
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