Maroc : Fête du sacrifice face à la sécheresse et à la crise du cheptel
Face à une sécheresse persistante et à des contraintes structurelles dans le secteur agricole, le sort de la Fête du sacrifice au Maroc suscite des débats majeurs. Les enjeux économiques, sociaux et religieux liés à cette décision sont cruciaux, dans un contexte marqué par une offre en déclin et une flambée des prix des bêtes sacrificielles.
Une décision stratégique en attente
Lors de récentes discussions, les professionnels du secteur ont insisté sur l'importance de disposer de données fiables pour évaluer la situation. À cet effet, le ministère de l’Agriculture a lancé un recensement national du cheptel, dont les résultats seront déterminants. Ces données permettront de trancher sur la tenue ou l’annulation de l’Aïd Al-Adha, bien que certaines rumeurs évoquent déjà une éventuelle suspension.
Selon Mohamed Tahar Srairi, professeur à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, la sécheresse qui sévit depuis sept ans a fortement réduit les effectifs du cheptel national. Malgré les efforts pour étendre les zones irriguées, la dépendance à l’eau pluviale reste déterminante. En 2023, les importations subventionnées d’ovins n’ont pas permis de stabiliser les prix. Cette année, aucune opération d’importation n’est prévue, aggravant les craintes d’un approvisionnement insuffisant.
Des répercussions économiques et sociales profondes
Le maintien des abattages rituels pourrait entraîner une hausse record des prix, rendant difficile l’accès à ce rite pour de nombreux ménages. En parallèle, l’annulation de la Fête pourrait porter un coup fatal à la filière de l’élevage, particulièrement aux éleveurs spécialisés dans la reproduction. « Beaucoup d’éleveurs ont déjà cessé leur activité face à la flambée des coûts des aliments et la pénurie d’herbe gratuite », alerte Mohamed Tahar Srairi.
Il souligne également que l’épargne des petits agriculteurs, souvent matérialisée par leur cheptel, s’est épuisée au fil des années de sécheresse. Un abattage massif dans ces conditions risquerait de compromettre la durabilité de la filière viande au Maroc, affectant à long terme l’équilibre du secteur agricole.
Entre tradition et crise économique
Sur le plan sociétal, l’annulation de l’Aïd Al-Adha poserait des défis d’ordre religieux et identitaire. La Fête constitue un rite important pour les familles marocaines, mais sa tenue dans un contexte de crise hydrique et économique impose des arbitrages complexes.
D’un autre côté, une éventuelle suspension pourrait freiner les pratiques spéculatives des intermédiaires, accusés d’amplifier la hausse des prix. Les professionnels appellent également à une meilleure structuration de la chaîne de valeur pour réduire ces pratiques nuisibles.
Une situation sous haute tension
En attendant les résultats du recensement national du cheptel, la question reste en suspens. Cette période d’incertitude illustre les multiples défis auxquels le Maroc est confronté : garantir la sécurité alimentaire, préserver le secteur de l’élevage et répondre aux attentes culturelles et religieuses de la population.
Avec cette crise, le Maroc est à la croisée des chemins, devant équilibrer urgence climatique et impératifs socio-économiques dans ses décisions.
Le 23/01/2025
Rédaction de lanouvelletribune
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