À chaque parti politique sa vision pour réformer la Moudawana
Le mardi 26 septembre dernier, le roi Mohammed VI ordonnait la réforme du Code de la famille, donnant au gouvernement Akhannouch un délai n’excédant pas six mois. Après un mois d’auditions avec les organisations de la société civile et les partis politiques, l’Instance chargée la révision de la Moudawana adopte désormais une approche participative élargie. Des propositions ont été émises par les formations politiques, voici ce qui en ressort.
Plus que quatre mois avant la date butoir fixée par le Souverain pour réviser la Moudawana. Si le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, chargé de piloter la réforme, semble convaincu de la nécessité de garantir l’égalité des droits, les défis sont de taille. Car les amendements attendus doivent prendre en considération le référentiel islamique, les dispositions de la Constitution encadrant la famille (en tant qu’institution fondée sur le mariage et noyau de la société), les orientations royales et les «convictions de la société».
Mais l’ensemble des forces vives sont optimistes. «Nous avons mené une large concertation avec les ONG et les spécialistes à travers laquelle nous avons trouvé l’existence d’un consensus général autour de la nécessité d’une réforme urgente de la Moudawana», a déclaré Amina Bouayach, présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), à nos confrères de Maroc Hebdo.
Si tous affichent une convergence des positions sur certains points clés, comme l’interdiction du mariage des mineurs par exemple, ils ne se rejoignent pas sur d’autres.
Conserver le référentiel religieux
«Le référentiel islamique est la ligne rouge à ne pas franchir et le point de départ de cette réforme». Le Parti de la justice et du développement (PJD) est intransigeant là-dessus. L’égalité dans l’héritage, l’une des pierres d’achoppement de la réforme, est le sujet où sa position est ferme. Le parti de la lampe refuse tout changement, notamment la suppression de l’héritage par agnation (taâssib). Il en va de même pour le mariage de la musulmane avec le non musulman et par conséquent l’héritage entre époux de religions différentes.
Et en matière d’héritage, il n’est pas le seul à s’opposer à tout changement : le Parti de l’Istiqlal (PI) ne souhaite «rien changer à ce qui est prévu dans les textes incontestables». Bien que moins conservateur que le PJD, le parti de Nizar Baraka affiche un ferme attachement au référentiel religieux. Tous deux sont d’ailleurs favorables au maintien de l’article 400 de la Moudawana, texte qui renvoie aux prescriptions de la doctrine malékite et/ou aux conclusions de l’effort jurisprudentiel (ijtihad) en cas de vide juridique.
Cet article est particulièrement décrié par les militants des droits de la femme. Mais si les associations ne sont pas unanimes sur la suppression du texte, elles appellent à une interprétation en phase avec notre époque et à une réflexion sur la compatibilité de certaines dispositions avec les textes sacrés. Elles estiment que l’interprétation actuelle de la jurisprudence pose problème, notamment en ce qui concerne les droits des femmes.
Il y a quelques jours, le chef de file du PJD, Abdelilah Benkirane, a soutenu que le maintien de cet article était crucial, arguant que certains pays arabes sont aux prises avec des complexités juridiques dues à l’absence de telles dispositions.
Il est allé même plus loin. Lors d’un discours prononcé au Forum régional des femmes à Fès-Meknès, le secrétaire général a déclaré que ce seraient les femmes, et non les hommes, qui subiraient les conséquences négatives si les initiatives en faveur de l’égalité des genres devaient l’emporter. Faisant des parallèles avec l’Europe, Benkirane a fait valoir que ceux qui prônent «l’égalité mécanique» appartiennent souvent à une «élite francisée» déconnectée des préoccupations sociétales, dépourvue de perspectives religieuses, menant une vie nettement différente de celle de la majorité des Marocains.
Mais réformer !
Si ces deux points sont ceux qui accaparent toute l’attention, d’autres dispositions sont à revoir. Mariage des mineurs, divorce, polygamie, tutelle de l’enfant ou encore preuve de filiation, sont autant de thématiques que la nouvelle Moudawana devra couvrir pour répondre de manière cohérente aux attentes citoyennes.
Pour le Parti du progrès et du socialisme (PPS), un des premiers partis à avoir réagi à l’annonce de la réforme, il faut abolir totalement et définitivement le mariage des mineures, instaurer l’égalité dans le droit de la tutelle légale des enfants, le partage égal des biens acquis pendant le mariage, durcir les conditions menant à la polygamie et reconnaître l’outil de l’ADN pour prouver l’affiliation en cas de rapports sexuels hors mariage.
Des propositions qu’on retrouve également dans les cahiers revendicatifs des associations féministes pour lesquelles le point central de cette réforme demeure sans aucun doute l’instauration de l’égalité entre l’homme et la femme dans tous les domaines de la vie avec la recherche d’un texte qui puisse rétablir la dignité de la femme marocaine.
Le parti du livre propose également «l’annulation complète de l’héritage par agnation, compte tenu des conséquences et problématiques qu’il engendre dans la pratique». De son côté, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) appelle à opérer une révision du système successoral de manière à assurer «sa compatibilité avec les dispositions de la jurisprudence malékite écrite». La Fédération de la gauche démocratique (FGD) est, elle, plus ambitieuse : pour le parti, il faut baser le système successoral sur le testament.
Selon son secrétaire général, Driss Lachgar, l’USFP espère que «les amendements qui seront apportés au Code de la famille apporteront plus d’équité». Et d’insister «sur les droits des femmes» et «la préservation des intérêts des enfants», ce qui permettrait, a-t-il déclaré, «d’avoir une société plus équilibrée».
Pour résumer les propositions des uns et des autres, nos confrères de Médias 24 ont réalisé une infographie précise à consulter ici.
Quid du RNI et du PAM ?
Par ailleurs, si le Rassemblement national des Indépendants (RNI) et le Parti authenticité et modernité (PAM) n’ont pas encore rendu publique leurs propositions, il convient de préciser leur position.
Dans sa livraison du lundi 27 novembre 2023, le quotidien Assabah rapportait, citant Amina Benkhadra, présidente de la Fédération nationale des femmes du RNI, que les propositions qu’a «soumis le parti à la Commission en charge de cette réforme se base sur les principes qu’a toujours défendu le RNI». Ceux-ci «s’articulent autour de la démocratie sociale, du renforcement de la cohésion de la famille et sur [le principe de] l’équité». Benkhadra a également précisé que «les propositions soumises par le RNI tiennent également compte des différentes conventions internationales signées par le Royaume, ainsi que sur les dispositions de la Constitution de 2011».
Le PAM a, de son côté, toujours accordé un grand intérêt au processus de réforme de la Moudawana visant à moderniser le statut de la famille et de la femme. «Nous avons notre vision et nous comptons bien la défendre», précisait en août dernier Samir Goudar, membre de la formation politique emmenée par Abdellatif Ouahbi. «Dans cette optique, en attendant la nomination de la Commission qui va chapeauter et superviser la révision de la Moudawana conformément aux Hautes instructions royales, le parti va préparer un document qui recueillera ses idées, principes et positions en la matière. Il compte également ouvrir un débat au niveau national pour sonder les attentes des Marocains sur ce thème et ne pas se contenter uniquement des propositions faites en interne», soutient-il.
En 2004, l’adoption du Code de la famille avait été accueillie avec enthousiasme par les organisations de défense des droits de l’Homme et l’ensemble de la société civile. Près de vingt ans après, l’heure est au changement. Espérons qu’il sera à la hauteur des attentes de tous.
Le 06/12/2023
Source web par : lebrief
www.darinfiane.com www.cans-akkanaitsidi.net www.chez-lahcen-maroc.com
Les tags en relation
Les articles en relation
Le Roi loue les efforts déployés par les FAR dans la lutte contre la prorogation du virus Corona
Le Roi Mohammed VI, Chef suprême et chef d’Etat major général des Forces Armées Royales (FAR), a loué les efforts déployés par les différentes composa...
La Casbah d'Agadir Oufella reprend des couleurs avec le téléphérique
Le montant global des engagements des différents maîtres d’ouvrage délégués pour l’année 2023 dans le cadre du Plan de développement urbain d'Aga...
Après l’Algérie, Schengen fermé au Maroc : Mohammed VI fera-t-il comme Macky Sall et Ali Bongo
L’Union Européenne vient de décider le retrait du Maroc de la liste des pays sûrs de l’espace Schengen. Cette décision fait suite à la multiplication d...
Charte commune: voici ce sur quoi se sont engagés les partis de la majorité
Les chefs des six partis formant la majorité ont signé la charte commune lundi 19 février. Les six partis de la coalition gouvernementale ont signé, lund...
Polémique à Agadir : accès VIP et usage excessif des avions
Le dimanche 9 février, une conférence organisée par le Conseil supérieur des Oulémas a réuni plusieurs ministres du gouvernement Akhannouch, qui ont explo...
Londres : Lalla Meryem représente le Roi à la cérémonie de couronnement du roi Charles III
La Princesse Lalla Meryem a représenté, samedi à Londres, le roi Mohammed VI à la cérémonie de couronnement du roi Charles III, Souverain du Royaume-Uni d...
Maroc : la gestion hasardeuse de l’agriculture prive la population d’eau
Face à la diminution des ressources en eau au Maroc, Abdelouafi Laftit, ministre marocain de l’Intérieur a demandé mardi 26 décembre dernier aux walis et ...
Remaniement gouvernemental au Maroc : nouveaux ministres et création de secrétariats d'État pour
Le nouveau remaniement du gouvernement Akhannouch est désormais officiel. Ce mercredi 23 octobre, le Roi Mohammed VI a reçu le Chef du gouvernement Aziz Akhan...
Projet de loi 03.23 : Entre modernisation judiciaire et libertés associatives sous tension au Maroc
N'est ce pas couper le cordon ombilical entre capacité de donner un équilibre possible entre efficacité judiciaire et implication de la société civil...
El Othmani: "Nous ne pouvons pas nous prononcer sur les résultats sans les PV"
Le secrétaire général du PJD, Saad-Eddine El Othmani, est amère après la débâcle subie aux élections du 8 septembre. "Nous avons été surpris que les p...
Grande Croix de l’Ordre d’Alphonse X : André Azoulay honoré pour son engagement en faveur du d
André Azoulay, Conseiller du Roi, a reçu ce mercredi à Madrid la Grande Croix de l’Ordre d’Alphonse X le Sage, l’une des distinctions les plus prestigi...
#MAROC_MINISTERE_INTERIEUR_ELECTIONS: Elections : Le ministère de l'Intérieur est neutre, cessons
Laftit se justifie sur la suppression des listes des jeunes, se dit ouvert aux propositions des députés et clame la neutralité du ministère de l’Inté...


mercredi 6 décembre 2023
0 
















Découvrir notre région