#Maroc_Politiques_publiques: Le changement du mode opératoire sera décisif
Matthew Andrews de Harvard Kennedy School appelle à changer «la manière de penser et de faire»
Invité par la CSMD, il plaide pour une approche axée sur le renforcement des capacités
Le constat est largement partagé depuis quelques années au Maroc. Au-delà des objectifs ambitieux des différentes stratégies et politiques publiques, c’est au niveau de l’exécution que les choses se compliquent. D’où l’importance de prospecter de nouveaux modes opératoires dans ce domaine. C’est dans ce sens que s’inscrit la réflexion en cours au niveau de la Commission spéciale pour le nouveau modèle de développement (CSMD).
Le développement du travail en réseau des différents acteurs, issus du public, du privé et de la société civile est décisif dans l’approche PDIA défendue par Matthew Andrews pour répondre aux enjeux de développement. C’est le travail mené actuellement par la CSMD, selon Michael Zaoui, membre de cette instance, ayant assuré la modération de ce web-inaire. Pour lui, il est important d’élargir davantage ce mode opératoire (Ph. Bziouat)
Celle-ci a organisé un webinaire, vendredi dernier, autour des «enjeux de l’implémentation des politiques publiques», modéré par Michael Zaoui, membre de cette instance, et animé par Matthew Andrews, professeur à la Harvard Kennedy School of Government aux Etats-Unis.
Ce dernier a rappelé que «les Etats sont souvent appelés à relever des challenges liés notamment à la croissance, à la création d’emplois, au renforcement de l’accès aux services de base. Ce sont les mêmes enjeux auxquels fait face le Maroc actuellement».
Pour lui, Rabat a «réalisé des avancées dans ces domaines. Mais certaines limites sont apparues». L’idée est d’identifier actuellement comment inverser la tendance. Une question centrale dans les travaux de la CSMD, appelés à tracer les contours du nouveau modèle de développement au Maroc. Selon Andrews, qui a accompagné plusieurs gouvernements dans la résolution de problématiques autour de la mise en œuvre des politiques publiques, il est important de «changer la manière de penser et de faire». Il plaide en faveur d’une nouvelle approche, baptisée Problem Driven Iterative Adaptation (PDIA). Concrètement, plusieurs Etats construisent des visions ou des stratégies autour d’une série de projets à réaliser, afin d’assurer leur développement. «Sur le terrain, nous avons remarqué que plusieurs gouvernements n’ont pas réussi à implémenter ces projets.
D’autres, face à ces difficultés, ont opté pour l’externalisation de la mise en œuvre à des cabinets de consulting. Mais au bout du compte, ils ont réalisé que ces projets n’ont pas permis de réaliser l’objectif principal, à savoir favoriser le développement du pays». Pour lui, cela s’explique essentiellement par l’adoption de «la mauvaise approche». En face, ceux qui ont réussi, «ont construit des capacités systémiques à travers des projets concrets». En clair, «la vision de ces Etats est axée sur le renforcement de leurs capacités et non pas sur l’achèvement d’une liste de projets», a-t-il expliqué.
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Singapour est considéré actuellement comme l’une des économies les plus dynamiques dans le monde. Contrairement aux idées véhiculées, la décision clé a été de construire les capacités de ce pays, en misant sur l’enseignement et la préparation des ressources humaines, sur les infrastructures et l’attractivité des investissements (Ph. AFP)
Selon ce professeur universitaire, il ne s’agit pas de développer ces compétences pour la réalisation d’un projet, mais plutôt de renforcer les aptitudes à agir, dans un système indépendant, durable et dynamique. Dans une stratégie de développement, l’Etat doit se focaliser sur une question centrale: le pays a-t-il plus de capacités que l’année dernière? Les renforce-t-il davantage durant les prochaines années? Il a donné l’exemple de Singapour, considéré actuellement comme l’une des économies les plus dynamiques dans le monde. Contrairement aux idées véhiculées, la réussite de ce pays n’est pas liée aux plans quinquennaux mis en place depuis des décennies, a-t-il précisé. Pour lui, la décision clé était de construire les capacités de ce pays, en misant sur l’enseignement et la préparation des ressources humaines, sur les infrastructures et l’attractivité des investissements. Idem pour la Corée du Sud.
«C’est le développement de ces capacités qui a permis à ces Etats de saisir les opportunités du futur», a-t-il noté. Dans ce processus, il plaide pour un focus sur le problème à résoudre, en mettant à contribution les différents intervenants. Concrètement, il s’agit de renforcer l’action en réseau des acteurs du secteur public, du privé et de la société civile. L’objectif est de se baser sur les conclusions de leurs travaux relatifs aux problèmes posés, afin d’identifier les points de départs pour les résoudre. Ceci est d’autant plus important, car le renforcement de ces aptitudes permet de s’inscrire dans la logique du processus de développement. «Il s’agit d’un processus continu, dans lequel il est important de connaître, tout le temps, la prochaine étape», a-t-il expliqué.
Les ingrédients de la réussite
En dépit de disposer de grands talents, les équipes africaines de football n’ont jamais réussi à aller loin dans une coupe du monde. L’exemple donné par Matthew Andrews traduit les difficultés liées à l’absence d’une vision, couplée à un dispositif de renforcement des capacités. Pour éviter de se baser sur la chance, il est important pour les Etats, à l’instar des équipes de football, de se conformer à l’approche selon laquelle la réussite dépend de la mobilisation des aptitudes permettant de bien saisir les opportunités qui se présentent. Cela passe par l’adoption de l’approche PDIA, qui est une méthode permettant de décortiquer les problèmes auxquels un Etat doit faire face, en allant aux causes profondes, avant d’identifier des points de départ pour identifier les solutions, puis d’agir en fonction des enseignements tirés.
Le 25/10/2020
Source Web Par L’économiste
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lundi 26 octobre 2020
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