#Maroc_covid19: Comment le gouvernement devrait communiquer sur le Covid-19
Dans le contexte actuel de pandémie, la communication standard doit être abandonnée. Le gouvernement doit mettre le cap sur la personnalisation et adapter les discours selon les cibles, en tenant compte de la réalité de la société marocaine, dans sa globalité.
C’est la conclusion d’un livret dédié à la communication en temps de crise sanitaire de covid-19, réalisé par Pr. Belyamani Lahcen, président de la Société marocaine de médecine d’urgence (SMMU), Dr. Kohen Jamal Eddine, président de la Société marocaine d’anesthésie, d’analgésie et de réanimation (SMAAR) et Pr. Ahmed Rhassane El Adib, vice-président de la Société marocaine de simulation médicale (Morocco Sim).
En effet, la crise du Covid est une situation inédite dans la santé publique, nécessitant une stratégie de communication spécifique pour une gestion appropriée de l’information des citoyens. De nombreux facteurs sont à prendre en compte, notamment la nature et l’évaluation du risque.
Le sentiment de peur d’un danger imminent ressenti au début de la crise explique l’adoption par le gouvernement d’un mode communicatif autoritaire et standard, "qui n’est plus efficace aujourd’hui", selon Dr. Kohen, joint par nos soins. Cela se traduit principalement par le non-respect des mesures barrières, d’hygiène et restrictives, par la majorité de la population.
Pour faire face à ces irrégularités, ces trois experts proposent l'adoption d'une approche "utilisatrice, adaptative et engageante de l’appel à la peur".
La peur utile doit être maintenue
"L’appel à la peur est une technique persuasive de communication, connue en marketing social, en particulier dans le domaine de la santé. Elle est, par exemple, utilisée pour dissuader la consommation du tabac", nous explique Dr. Kohen.
"Il y a eu plusieurs sorties médiatiques où des professionnels de la santé ont véhiculé des messages, à mon sens, trop rassurant, pour revenir à la normalité et à la sérénité afin de rassurer les gens". Or, la situation épidémiologique actuelle nécessite le maintien d’une peur utile.
"Il y a une grande différence entre la peur utile, définie comme étant un signal d’alarme qui appelle à la vigilance, et la peur chronique. Il faut donc éviter de tomber dans l’extrême mais il ne faut pas oublier non plus le contexte de pandémie", a-t-il noté.
"La peur utile repose sur la menace, et celle-ci doit être assez forte pour permettre de porter l’attention aux recommandations et mener une réflexion pour juger de leur efficacité".
"La menace dépend de deux facteurs importants qui sont la sévérité de la maladie et la vulnérabilité de la personne concernée", souligne-t-il, ajoutant qu'"on peut très bien mettre en exergue le facteur sévérité, mais si une personne ne se sent pas assez vulnérable, c'est que la menace n’est pas assez forte, et on ne peut alors pas avoir les mécanismes attendus (respect des mesures barrières et d’hygiène, par exemple, NDLR)".
Une communication adaptée aux différentes cibles
C'est le cas de plusieurs jeunes qui ne se sentent pas vulnérables au Covid-19. Pour atteindre cette catégorie, il faudra miser sur une communication personnalisée et adaptée. "A chaque public sa communication ou son appel à la peur spécifique", indiquent les trois auteurs dans leur livret.
Dr. Kohen ajoute que "pour toucher ces personnes, on peut, par exemple, insister sur le fait que la vulnérabilité n’est pas que physique. Cette notion peut également prendre un autre thème comme les répercussions socio-économiques à craindre". Les responsables peuvent donc adopter le discours suivant : "en effet, les sujets âgés et atteints de maladies chroniques sont les plus menacés par ce virus, mais vous les jeunes pouvez aussi être vulnérables socialement et économiquement, puisque vous pouvez perdre votre emploi ou des proches. Plusieurs arguments peuvent ainsi être utilisés", outre l'aspect sanitaire.
"La politique actuelle qui consiste à faire une communication standard ne marche pas. Il faut s’adresser aux gens avec des messages qui les motivent à traiter l'information et aboutir à une perception globale d'efficacité, garante de l'acceptation des recommandations".
Pour ce qui est des personnes âgées et porteuses de maladies chroniques, notre expert estime que "les recommandations émanant de leurs médecins traitants qui les suivent depuis une vingtaine ou trentaine d’années, sont plus efficaces que celles d'une personne lambda, qui tient un discours standard".
L'application des mesures barrières, loin d’être évidente
Autre point très important soulevé par Dr. Kohen: "les mesures préventives recommandées sont très faciles théoriquement, mais leur application est loin d’être évidente". La réalité de notre société, dans sa globalité, doit donc être prise en compte par les responsables dans la mise en place de leur stratégie de communication.
"C’est bien de recommander le port du masque, la distanciation physique et le lavage fréquent des mains, mais il ne faut pas oublier qu’au Maroc, il existe des familles de 7 personnes qui vivent ensemble dans 30 m2, avec une seule salle de bain, qui ne pourront pas respecter ces mesures. Egalement, les Marocains n'ont pas tous les moyens de changer de masque chaque 4 heures, comme recommandé".
Dans ces cas de figure, l'appel à la peur peut comporter des risques d’inefficacité, d’effets inverses ou d’effets indésirables. En effet, dans l'incapacité de respecter toutes ces recommandations, l'appel à la peur peut déclencher chez ces personnes un processus émotionnel de "contrôle de la peur", où l'individu cherche d'abord à réduire la tension pesante secondaire à la peur ressentie, par des comportements inappropriés ou parfois des stratégies défensives.
"Il faut alors prendre en considération notre société dans sa globalité, rester logique et réaliste, et adapter les discours selon les cibles. Les jeunes d’aujourd’hui sont très connectés. Il faut parler leur langage, être innovant et créatif et éviter les discours autoritaires. On peut aussi multiplier les canaux de communication en intégrant des réseaux sociaux pour une meilleure implication, motivation et responsabilisation des jeunes".
"Le recours au langage suggestif, utilisé en temps normal à des fins politiques ou commerciales, peut également être efficace dans le domaine de la santé. Cette notion fera l’objet d’un 3e livret sur lequel nous sommes en train de travailler", conclut notre source.
Le 08/10/2020
Source Web Par Médias 24
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vendredi 9 octobre 2020
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