Airbus fait les yeux doux à la RAM
Mikail Houari, président Airbus Afrique et Moyen-Orient, dévoile les ambitions de l’avionneur pour équiper la compagnie Royal Air Maroc via des acquisitions d’appareils et à travers sa vision de développement à l’échelle du continent africain. Le constructeur compte également renforcer son écosystème industriel au Maroc avec de nouvelles capacités, une montée en complexité et en valeur ajoutée. Le groupe a également développé une nouvelle génération d’avions de chasse, hélicoptères, drones... censés équiper les Forces royales Air (FRA), la marine et la gendarmerie royale.
- L’Economiste: Royal Air Maroc compte doubler sa flotte et arriver à 120 appareils d’ici 2028. Que vous inspirent ces opportunités en termes d’acquisitions d’appareils?
- Mikail Houari: D’abord, je tiens à exprimer mon admiration pour les ambitions de développement du Maroc tant au niveau de l’industrie aéronautique que de la vision et la stratégie de la compagnie RAM. Ce qui est intéressant, c’est que la stratégie de RAM n’est pas un simple souhait de la compagnie, mais plutôt une stratégie qui a le soutien de l’Etat marocain avec une vision très claire, celle de s’orienter vers le marché africain. De ce fait, RAM est l’une des compagnies majeures du continent africain. Elle est appelée à y jouer un rôle encore plus prépondérant. Bien évidemment, le développement d’une compagnie s’accompagne par l’acquisition d’un nombre important d’avions. Effectivement, les dirigeants de RAM réfléchissent à la meilleure solution en termes de nombre d’avions, de flotte pour accompagner la stratégie.
- Il y a certainement des marchés à prendre pour Airbus auprès de RAM?
- Je n’ai pas l’arrogance en tant qu’Airbus de parler au nom de Royal Air Maroc, ni à lui dicter la marche à suivre. Mais je reste admiratif de la vision de développement de la compagnie. Ma contribution consiste à capitaliser sur l’expérience qu’Airbus a acquise depuis 50 ans au Maroc. Une présence industrielle qui participe au développement d’un secteur stratégique, celui de l’aéronautique. Evidemment il y a aussi notre offre de produits. Là je dirais au management de RAM: vous avez des ambitions... sachez que nous avons les solutions. Et la chance que nous ayons à Airbus par rapport à la concurrence, c’est notre gamme de produits qui correspond parfaitement aux ambitions stratégiques de RAM.
- Sur l’industrie aéronautique, Airbus a mis en place tout un écosystème au Maroc. Quels sont les gisements d’amélioration en termes de productivité, de complexité et de montée en intégration locale?
- Je vais vous répondre de manière assez claire. A ce jour, il n’y a pas un seul avion d’Airbus qui n’a pas des pièces, des équipements et composants made in Morocco. Cette réponse veut tout dire tant par rapport à l’ambition industrielle du Maroc qu’à la qualité de partenariat entre Airbus et le Royaume du Maroc. A ce jour, nous sommes très fiers d’avoir des pièces made in Morocco sur chacun de nos avions.
- Avez-vous des projets de développement pour pousser plus loin le sourcing local, la montée en valeur ajoutée?
- Encore une fois, je n’ai pas l’ambition de prendre la défense de la stratégie industrielle du Maroc. Mais permettez-moi de rappeler une réalité: c’est que nous ne sommes partis de rien. Nous avons démarré sur une page blanche.
- Mais cela fait 50 ans quand même...
- Effectivement, cela fait 50 ans qu’Airbus existe au Maroc. Il faut dire que les résultats obtenus sont assez probants. Preuve en est que le made in Maroc équipe tous nos avions. Mais là où vous avez entièrement raison, si vous regardez ce qui se passe à l’international, partout dans le monde l’équation est la même: une population en croissance et des emplois en moins. Or l’aéronautique est un domaine porteur qui peut apporter des solutions. Par rapport au développement de nos activités, le Maroc fait partie d’une région (Afrique) qui est en pleine expansion. En plus, il offre des conditions propices à l’industrialisation grâce notamment à la stabilité, la position géographique, l’accessibilité, le niveau d’éducation... Sauf que dans la même région, la concurrence est dure avec des pays qui souhaitent développer leurs compagnies et leur industrie. Il va sans dire que le Maroc a une longueur d’avance sur les pays de la région en termes d’ancienneté et d’expertise dans l’industrie aéronautique.
Bombardier...
Sur une question liée à la possibilité d’acquisition ou de prise de participation du site de Bombardier à Mid Parc (Nouaceur), le président Airbus Afrique et Moyen-Orient précise que la stratégie et les décisions de développement et d’acquisition du groupe se font à l’international. Ceci dit, une telle transaction n’est pas exclue. Mikail Houari rappelle un véritable succès d’acquisition entre Airbus et Bombardier, il y a pratiquement un an. Celui de l’Airbus A220, qui est initialement un Bombardier CSeries, un avion de ligne civil conçu par l’avionneur canadien Bombardier Aéronautique et qui est entré en service commercial. «C’est l’illustration de la continuité de notre stratégie de façon à avoir une gamme qui couvre au maximum les demandes et les attentes de nos partenaires, les compagnies. Nous suivons de manière globale les éventuelles possibilités. Quant à la question de l’acquisition de Bombardier Nouaceur, je laisse le soin au ministre de l’Industrie d’y répondre le moment opportun.
Le 15 octobre 2019
Source web Par leconomiste
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samedi 19 octobre 2019
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