Pousser les cellules cancéreuses au suicide pour remplacer la chimiothérapie
Au lieu de recourir aux chimiothérapies, et si on s'inspirait des mécanismes de défense de notre organisme pour combattre le cancer ? Suivant cette idée, des chercheurs américains ont découvert un moyen de pousser des cellules cancéreuses au suicide.
Soigner un cancer en provoquant le suicide des cellules malignes, mais sans atteindre les autres, c'est ce que proposent de nouveaux travaux américains publiés dans eLife et Nature Communications. Ces derniers se basent sur des molécules naturellement utilisées par les cellules pour réguler l'utilisation des gènes. Encore à l'état fondamental, ces résultats permettent d'identifier une molécule particulière qui pourrait peut-être, à terme, remplacer les chimiothérapies.
Chaque jour, au hasard des potentielles mutations subies par notre ADN au moment de sa duplication ou sous l'effet de différentes substances, de nombreuses cellules naissent non fonctionnelles dans notre organisme. Certaines d'entre elles acquièrent des propriétés dangereuses : elles se multiplient anarchiquement ou peuvent échapper au système immunitaire. Des particularités qui pourraient provoquer un cancer. Heureusement, chacune de nos cellules est dotée d'une capacité appelée "apoptose" : c'est le suicide cellulaire. Les cellules peuvent en effet se détecter elles-mêmes comme non fonctionnelle et activer des gènes menant à leur destruction. Pour cela, elles synthétisent des petites molécules qui vont se fixer à certains ARN (intermédiaire permettant de traduire l'ADN en protéines) pour le détruire. Ces petites molécules, ce sont en fait elles-mêmes des ARN, appelés ARN interférents, dont la séquence est complémentaire – et donc spécifique – de celle de l'ARN visé.
Obliger la cellule cancéreuse à se suicider
Mais les cellules véritablement cancéreuses sont les rares qui ont acquis une capacité supplémentaire par mutation : celle de ne pas pouvoir enclencher l'apoptose. Pourtant, les séquences génétiques permettant d'activer ces ARN interférents existent bien. Pour les activer, il est possible d'utiliser une chimiothérapie. Cependant, ce sont des traitements lourds aux nombreux effets indésirables, qui s'attaquent également à certaines cellules saines. Des chercheurs de la Northwestern University à Chicago ont donc eu l'idée d'apporter directement les ARN interférents permettant de réactiver l'apoptose aux cellules cancéreuses.
Dans des travaux publiés en 2017, l'équipe a commencé par montrer que les cellules cancéreuses mouraient après introduction de certains ARN interférents. Le problème avec les cellules cancéreuses est qu'elles se multiplient si rapidement qu'elles peuvent développer des résistances aux traitements qui les tuent, à la manière des bactéries face aux antibiotiques. Ici, l'équipe a cependant constaté que les cellules cancéreuses traitées avec les molécules d'ARN ne devenaient jamais résistantes ! Car l'effet de ces ARN interférents est fulgurant au point qu'elles éliminent simultanément plusieurs gènes dont elles ont besoin pour survivre. Les cellules peuvent devenir résistantes à un mécanisme d'action, mais pas à plusieurs différents en simultané. "C'est comme se suicider en se poignardant, en se tirant dessus et en sautant d'un bâtiment en même temps. Vous ne pouvez pas survivre", explique dans un communiqué Marcus E. Peter, auteur principal de la publication. L'équipe découvre même qu'il n'y a pas besoin d'utiliser un ARN interférent entier, mais juste un fragment très court de seulement 6 nucléotides (éléments constitutifs de l'ADN et de l'ARN).
Surpasser les mécanismes naturels de lutte contre le cancer
Dans les derniers travaux publiés en 2018, l'équipe du Pr Peter a testé les 4.096 combinaisons différentes de cette séquence de 6 nucléotides jusqu'à trouver la plus toxique pour les cellules cancéreuses (humaines et de souris). Surprenamment, ils ont trouvé une séquence existant réellement (en petite quantité cependant) dans notre organisme comme mécanisme pour combattre le cancer ! Un mécanisme de défense développé il y a 800 millions d'années par les cellules, d'après les scientifiques. En creusant un peu plus du mécanisme d'action, ils ont découvert que les cellules coupaient un gène impliqué dans la croissance cellulaire en petits morceaux. Des fragments qui devenaient alors hautement toxiques pour les cellules cancéreuses. D'après les chercheurs, près de 3% des ARN de la cellule pourraient être ainsi découpés ! "Sur la base de ce que nous avons appris au cours de ces deux études, nous pouvons maintenant concevoir des micro ARN artificiels encore plus puissants contre les cellules cancéreuses que ceux développés par la nature", a déclaré Marcus E. Peter. Un processus qui prendra encore de nombreuses années.
Le 08/11/2018
Source web par: sciences et avenir
Les tags en relation
Les articles en relation
M. Moussaoui sur le rapport de l'institut Montaigne: pas de véritables propositions concrètes sur
Instauration d'une taxe sur le halal, tracfin islamique et renforcement de l'apprentissage de l'arabe à l'école : un nouveau rapport de l'...
Efficacité énergétique : On est loin du compte Etat et hommes d’affaires interpellés
«Le Maroc accuse un retard important en matière d’efficacité énergétique. En fait, ce chantier avance lentement à l’inverse des projets d’énergie...
BCD Travel: pas de politique voyages sans nouvelles technologies
Comment mettre à profit les nouvelles technologies pour la politique voyages de l'entreprise, c'est le sujet du dernier rapport de BCD Travel. L'ob...
Alstom lance en Allemagne le premier train à hydrogène du monde
Le groupe français Alstom a lancé lundi 17 septembre le premier train à hydrogène en service commercial dans le nord de l'Allemagne, une première desti...
Réseaux sociaux: Addicts les Marocains!
98,4% des internautes marocains âgés entre 15 et 24 ans participent aux réseaux sociaux. La fréquentation des réseaux sociaux est quotidienne pour 8 person...
La FNAVM aura un nouveau Président le 17 novembre ?!
Le Conseil d’administration de la FNAVM s’était réuni l’après-midi du 5 octobre à Casablanca. Le quorum étant atteint, avec 8 voix de plus sur la maj...
L’ESI de Rabat installe son nouveau directeur
Salaheddine Bahji, le nouveau directeur de l’École des sciences de l’information (ESI) de Rabat, a été installé dans ses nouvelles fonctions. Bahji a é...
Entre les médecins du public et leur ministère, le torchon brûle de plus en plus
Le bras de fer continue entre le ministère de la Santé et le Syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP). La crise entre les deux parties ...
Le Maroc en fait partie : Six pays africains ont réussi à améliorer leurs récoltes en augmentant
Les rendements des cultures irriguées peuvent atteindre le double ou plus des rendements des cultures pluviales sur le continent. De même, les avantages écon...
Le gouvernement lance une mission sur l’emploi et le tourisme
Frédérique Lardet a été nommée pour conduire une étude sur les moyens d’optimiser le potentiel touristique d’emploi dans le secteur touristique franç...
Energies renouvelables au Maroc: voici l’état d’avancement des projets
L’année 2018 a connu l’achèvement ou le démarrage des travaux de plusieurs projets solaires et éoliens. La puissance installée jusqu’à aujourd’hui...
Enseignement: Grand oral pour Amzazi devant le Roi
La première activité officielle du Roi Mohammed VI après son retour des Emirats sera consacrée à l'enseignement, probablement ce lundi. De source in...


mercredi 28 novembre 2018
0 
















Découvrir notre région