Contrats d'investissement confiés aux sociétés étrangères et non aux marocaines: voici l'éclairage de Masen
Construction Noor Ouarzazate II - 2016 (source: Masen)
Plusieurs secteurs marocains en difficulté pointent du doigt les grands donneurs d'ordres qui accordent des projets d'investissement marocains aux étrangers. OCP, ONEE, ou encore Masen sont souvent cités parmi ces donneurs d'ordres.
Médias24 a donné la parole à Masen pour s'expliquer sur ce point. Le secteur de la métallurgie (surtout la construction métallique lourde) traverse une mauvaise passe. Trois de ses fleurons, Delattre Levivier Maroc, Stroc Industrie et Buzzichelli, connaissent de grosses difficultés. Difficultés financières, procédure de sauvegarde judiciaire ou même liquidation, c'est le lot de ces entreprises qui, pourtant, étaient promises à un bel avenir industriel.
La cause de ces déboires? "Depuis une dizaine d’années, les gros donneurs d’ordres nationaux ne font plus des appels d’offres par lots, mais sont passés au modèle EPC (Engineering Procurement and Construction ou Ingénierie, approvisionnement et construction). Le donneur d’ordres recherche un seul contractant qui va lui livrer le projet clé en main", expliquait à Médias24,Tarik Aitri, nouveau président de la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME).
Selon lui, dans ce cas de figure, ce sont les entreprises étrangères qui remportent les gros marchés marocains. Ainsi, la manne financière des investissements publics ou même privés marocains part à l'étranger au lieu de profiter au pays et aux entreprises locales qui, au mieux récupèrent des contrats de sous-traitance. Les donneurs d’ordres souvent cités sont OCP, Masen ou l’ONEE et la liste n’est pas exhaustive. Médias24 donne la parole à l'un de ces grands donneurs d'ordres dont les investissements réalisés ou programmés se chiffrent en dizaines de milliards de DH.
C'est le cas de Masen, l'agence chargée de la mise en œuvre et de l'exécution de la stratégie nationale des énergies renouvelables avec à la clé plus de 40 milliards de DH d'investissements.
Le recours aux EPC imposé par les bailleurs de fonds internationaux
En tant que donneur d'ordres marocain, on lui reproche de ne pas suffisamment intégrer les entreprises marocaines dans les projets développés ou en développement. Un constat que ne partage pas Masen.
Sur la question du recours aux EPC, une source nous explique qu'il ne s'agit pas d'un simple choix fait par Masen. Les projets portés par l'Agence marocaine sont lourds et recourent à des technologies que nous n'avons pas au Maroc. Masen est donc obligée de se tourner vers l'international à la fois pour le financement des projets et pour chercher les meilleurs partenaires pour atteindre les objectifs de la stratégie solaire.
Dans ce sens, les bailleurs de fonds internationaux qui ont financé les projets lancés à ce jour exigent le recours aux EPC pour s'assurer que les projets se feront dans les délais impartis. Cela permet aussi à Masen de s'assurer d'avoir l'expertise nécessaire et adéquate pour mener à bien les projets énergétiques.
Toutefois, "personne ne peut nier l'existence de problèmes entre les sous-traitants marocains et certains contractants EPC", nous explique Fatima Zahra El Khalifa, directrice générale du Cluster solaire, une association à but non-lucratif créée en 2014 sous l'impulsion de Masen, des fédérations industrielles ainsi que d'autres parties prenantes pour contribuer à la création d'une filière compétitive et d'un écosystème ENR où l'entreprise marocaine a un important rôle à jouer.
Notre interlocutrice ajoute que "les contrats signés avec les sous-traitants marocains sont en dehors du scope du donneur d'ordres". "Mais nous sommes conscients de cette problématique, nous essayons de travailler au sein du cluster pour améliorer ce volet notamment en mettant en place des contrats-types pour que l'industriel marocain puisse se protéger au maximum surtout avec des EPC'istes chinois ou indiens qui imposent dans certains cas aux sous-traitants marocains des documents en langue étrangère ou des clauses limitatives qu'ils finissent pas signer".
Un cluster pour l'intégration industrielle
Les entreprises marocaines qui rencontrent des difficultés ou des retards de paiement de la part d'un EPC sont généralement mal protégées par les contrats qu'ils signent.
"Des contrats sur lesquels le donneur d'ordres n'a aucune marge de manœuvre. Il est, à mon avis, important de dissocier les problèmes des EPC'istes avec les sous-traitants qui relèvent du business, et le volet intégration industrielle", assure notre source.
Le premier est dû au manque de préparation des entreprises. Le second est relatif à la situation d'un secteur jeune qui se construit toujours.
Mais les deux volets sont aujourd'hui pris en charge au sein du Cluster solaire avec des solutions différentes.
En ce qui concerne les conflits existants entre EPC'istes et sous-traitants, Fatima Zahra El Khalifa explique "qu'il y a un important travail réalisé en termes d'assistance et de sensibilisation juridique pour que les entreprises marocaines ne signent pas n'importe quel contrat et n'acceptent pas de lancer des prestations avec les contractants en dehors du cadre contractuel".
Elle ajoute: "le cluster accompagne également les entreprises marocaines pour améliorer leur compétence et leur qualité dans le domaine des EnR. Nous les accompagnons dans les formations, les processus de certification, la mise en relation avec les EPC'istes. Nous établissons une liste des besoins de Masen et on communique sur certaines disciplines pour lesquelles Masen ne trouve pas de fournisseurs marocains. On intervient également quand il y a un problème pour en comprendre l'origine, identifier les gaps, et tenter de trouver des solutions".
Par ailleurs, le Cluster se charge également du développement de l'industrie locale dans les EnR. "Nous avons mis en place une plateforme accessible aux développeurs où on liste toutes les entreprises marocaines par secteur, par référence,... pour leur dire dès le départ que nous avons les expertises au Maroc, consultez-les en premier", déclare la directrice générale du Cluster.
Un taux d'intégration de 35% dans les premiers projets de Masen
Notre interlocutrice assure que pour les premiers projets de Masen le taux d'intégration a été de 35%, "sachant que c'est une technologie nouvelle pour le Maroc, des projets à réaliser dans des délais serrés, financés par des bailleurs de fonds internationaux donc aucune exigence en matière de préférence nationale".
"Il s'agit d'une courbe d'apprentissage par laquelle nous sommes obligés de passer car il ne faut pas oublier que c'est un secteur jeune et que les industriels marocains sont également dans une phase où ils doivent apprendre, se préparer, investir dans leur transformation, leur capacité de production,...", ajoute Fatima Zahra Khalifa.
Cette dernière n'oublie pas de mentionner que ce secteur, dont le taux d'intégration s'améliore de projet en projet, "a besoin de soutien comme ont été soutenus d'autres secteurs tels que l'automobile ou l'électronique. Il faut un effort de la part de tout le monde, chacun à son niveau. Le système bancaire et les organismes de garantie ont également un grand rôle à jouer; ils doivent soutenir le secteur, donner des garanties aux PME qui veulent y investir", insiste-t-elle.
Le 12 octobre 2018
Source Web : Médias 24
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samedi 13 octobre 2018
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