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Axel Kahn, médecin généticien et essayiste spécialiste des questions d'éthique, est mort

Axel Kahn, médecin généticien et essayiste spécialiste des questions d'éthique, est mort

Axel Kahn s'est éteint ce 6 juillet, emporté par un cancer. Le médecin généticien a été directeur de recherche à l'Inserm, directeur de l'Institut Cochin et président de l'université Paris-Descartes. Écrivain prolifique, l'éthique et la vulgarisation scientifique étaient au cœur de sa réflexion.

Le professeur Axel Kahn, généticien et médecin, scientifique spécialiste des questions d'éthique, a été emporté par un cancer ce 6 juillet à l'âge de 76 ans. Gravement malade, il avait annoncé le 11 mai 2021 son retrait de ses fonctions de président de la Ligue contre le cancer, fonctions qu'il assurait depuis juin 2019.

Après la mort, il n'y a rien, mais il y a peut-être le souvenir que vous pourrez garder de moi, et ça c'est une forme d’immortalité.

Dans un entretien très touchant sur France Inter, il s'était exprimé sur son rapport à la mort. "Je me demandais quelle serait mon attitude en m'approchant de la mort", analysait-il, "voilà, je m'en approche, et je le vis. Je ne le fais pas en chantant, j'aime la vie. Mais je ne le fais pas non plus dans la terreur, je le fais avec détermination. C’est une période très importante de ma vie. J'ai souvent dit que personne n'est autre chose que ce qu'il fait : imaginons qu'il me reste trois ou quatre semaines à pouvoir faire, alors le choix de ce que je fais, la manière dont je le fais, sont plus importants que jamais."

Dans ce même entretien, le chercheur confessait avec humilité et lucidité ce secret espoir : "Après la mort, il n'y a rien, mais il y a peut-être le souvenir que vous pourrez garder de moi, et ça c'est une forme d’immortalité."

"Sois raisonnable et humain"                                     

Axel Kahn a 26 ans quand son père, le philosophe Jean Kahn-Dessertenne, met fin à ses jours, à 54 ans. C'est à lui, le petit dernier d'une fratrie de trois garçons, qu'est adressée la lettre d'adieu. "Tu es le plus à même de mes trois fils de faire durement les choses nécessaires", lui écrit son géniteur, s'adressant au médecin habitué à la souffrance et à la maladie, avant de conclure par ces mots : "Sois raisonnable et humain."

À voix nue

Axel Kahn : l’hypothèse du bien (3/5) : Réifier un père

C'est-à-dire, analysera plus tard dans un entretien pour l'émission À voix nue un Axel Kahn devenu septuagénaire : "Utilise ta raison au profit de l'humanité". Une injonction dont le généticien tirera un livre intitulé Raisonnable et humain et qui le poussera tout au long de sa carrière à se préoccuper d'éthique appliquée aux sciences.

Un surdoué hyperactif

Le jeune Axel, né en 1944, est mis en nourrice chez une paysanne et passe les cinq premières années de sa vie en Touraine. Il en conserve un amour profond pour la nature et la marche en pleine campagne, thème récurrent dans son œuvre et dans ses loisirs puisqu'en 2013, il traverse la France à pied, des Ardennes jusqu'au Pays basque, périple relaté sur les réseaux sociaux et dans un livre.

Ce benjamin d'une famille d'intellectuels où "être excellent était la norme" - il est le frère du journaliste Jean-François Kahn et du chimiste Olivier Kahn - entame des études de médecine en 1961 et devient interne des hôpitaux de Paris. Il est à l'aube d'une carrière foisonnante.

Ce travailleur acharné a accumulé les fonctions et les titres. Docteur en médecine avec une spécialité en hématologie à 30 ans et docteur ès sciences à 32, il devient chercheur à l'Inserm tout en exerçant la médecine jusqu'en 1992 et en assurant la rédaction en chef de la revue scientifique franco-québécoise Médecine/sciences. Pas encore rassasié, il est membre correspondant de l'Académie des sciences à partir de 1990 et président de la commission du génie biomoléculaire du ministère de l’Agriculture pendant presque dix ans, de 1988 à 1997.

Un président cartésien

Le généticien participe en 2002 à la création de l'Institut Cochin, gigantesque laboratoire de 600 personnes axé sur les recherches biomédicales, et en devient le premier directeur jusqu'en 2007. Il a 63 ans quand il passe le relais.

Il présente alors sa candidature à la présidence de l'université Paris-Descartes, dite "l'université des sciences de l'homme et de la santé". Il est élu, et cet ancien adhérent au Parti communiste français en tire une grande fierté : "Je n'ai jamais été nommé par qui que ce soit", mentionne-t-il sur France Culture.

Son CV fourni révèle une profonde intranquillité. Cet ancien scout, qui a perdu la foi catholique à 15 ans, ne craint rien tant que que l'ennui : "Quand vous faites mille choses, vous ne risquez pas de vous ennuyer !" À 76 ans, il déclarait dans l'émission À Voix nue n'avoir aucun regret sur le plan professionnel. Son seul échec, concède-t-il : ne pas avoir eu de couple et de famille stables. Il s'était pourtant promis de ne pas reproduire le modèle parental, dont les affrontements avant la séparation définitive le terrorisaient lorsqu'il était enfant.

L'éthique profondément enracinée dans son histoire intime

Dans ses travaux de recherche, il a étudié le génie génétique et la thérapie génique, tout ce qui touche à la modification de l'ADN à des fins thérapeutiques. De 1992 à 2005, il est membre du Comité consultatif national d'éthique. Là encore, l'injonction paternelle a orienté sa réflexion, l'incitant à s'interroger sur les limites potentielles de la science. Sa ligne de conduite : "Qu'est-ce que le bien quand ce n'est pas le bon Dieu qui l'a décidé ?" En 2000, le généticien s'oppose au clonage reproductif mais aussi au principe du clonage thérapeutique, au motif qu'il "attenterait à la dignité humaine".

Non content de s'occuper de sciences, Axel Kahn a également mis un pied dans l'associatif et la vie politique : avant la Ligue contre le cancer, il a présidé la Fondation internationale du handicap et l'Association de prévention et d'études des maladies moléculaires. Le 16 décembre 2011, il annonce qu'il est le candidat du Parti socialiste pour les élections législatives dans la deuxième circonscription de Paris, un secteur sociologiquement à droite. Il est finalement battu au second tour par son concurrent de l'UMP, un certain François Fillon.

Et le Covid dans tout ça ?

Le généticien n'a pas la langue dans sa poche. La pandémie de Covid-19 lui a donné l'occasion de pousser moults coups de gueule, notamment face aux experts qui affirmaient en septembre 2020 qu'il n'y avait pas de reprise épidémique.

Il s'en était expliqué sur France Culture : "Je vise la brochette d'abrutis qui disent que rien ne se passe, alors que le nombre de morts a été multiplié par 6 à 7 depuis deux mois, que le pourcentage des personnes contaminées a été multiplié par trois et que les réanimations dans toute la France, en moyenne, sont remplies à entre 25 et 40% à Marseille et 25% à Paris de malades atteints du Covid. Il s'agit donc d'une évidence !"

Le médecin essayiste laisse derrière lui une trentaine d'ouvrages, tantôt des récits intimes, tantôt des ouvrages de vulgarisation scientifique ou de réflexion philosophique. Dernier en date, son livre Et le bien dans tout ça ? est édité chez Stock et sorti le 10 mars 2021.

Le 07/07/2021

Source web Par : France culture

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