Le Maroc prospecte dans ses eaux territoriales : Pourquoi les Iles Canaries s’en émeuvent-elles outre mesure ?
La récente information concernant un accord pétrolier entre le Maroc et la société italienne ENI sur des prospections au large des côtes marocaines près de Tarafaya, a soulevé un tollé parmi certains partis politiques des Iles Canaries.
En effet, le Comité permanent national de la Coalition Canarias (un parti nationaliste des Iles Canaries) a décidé lundi de « présenter à toutes les institutions où il a une représentation des motions contre les prospections que le Royaume du Maroc a autorisées dans les eaux proches des Iles », a indiqué l’agence espagnole EFE.
La même source a souligné que cette décision a été annoncée par Guadalupe González Taño, secrétaire de l’organisation au sein de cette formation nationaliste au terme de la première réunion de la direction de ce parti en 2018.
Elle a expliqué que les institutions des Iles Canaries « ont lutté durant des années contre les prospections de Repsol que le Conseil des ministres (espagnol) avait autorisées dans cette zone de l’Atlantique, dans les eaux territoriales sous contrôle de l’Espagne ». Et d’ajouter : « Le peuple canarien avait manifesté contre cette décision et aujourd’hui l’Espagne ne peut pas rester impassible devant le fait que le Maroc, qui se trouve à côté et partage la mer avec nous, entame des prospections ».
Elle a aussi affirmé que sa formation politique s’opposait à toute prospection dans cette zone aussi bien par les autorités espagnoles que par les autorités marocaines. Car, selon elle, ces prospections mettent en danger aussi bien la biodiversité que le tourisme qui constitue la « principale industrie» des Iles Canaries.
Le même argumentaire avait été avancé il y a quelques jours par la porte-parole du groupe parlementaire socialiste, Dolores Corujo Berrie, qui avait indiqué que le PSOE-Canaries s’opposait à toute prospection pétrolière annoncée par le Maroc. Elle avait soutenu que son parti allait interpeller le gouvernement régional des Iles Canaries à ce sujet.
A noter que les autorités canariennes s’opposent fermement à toute prospection pétrolière depuis la publication par le gouvernement central espagnol au Bulletin officiel d’une étude d’impact des prospections pétrolières que compte mener Repsol aux Iles Canaries (surtout Lanzarote et Fuerteventura) sur l’environnement. Mais cette opposition ne date pas d’aujourd’hui puisque les autorisations idoines avaient été délivrées par le gouvernement de Jose Maria Aznar (Parti Populaire) en décembre 2001. Mais face à l’opposition des autorités canariennes pour cause de dégâts éventuels sur l’environnement, le gouvernement socialiste avait gelé ce projet qui a pu ressusciter avec l’arrivée du Parti conservateur au pouvoir après les élections législatives en 2011 et la désignation du Canarien, José Manuel Soria (de 2011 à 2016), comme ministre de l’Industrie, de l’Energie et du Tourisme dans le gouvernement présidé par Mariano Rajoy.
L’opposition des politiques canariens aux prospections pétrolières n’est pas seulement d’ordre économique ou environnemental, mais elle est aussi liée à la question de la délimitation des frontières maritimes entre le Maroc et les Canaries.
«C’est une question principalement géostratégique », nous a affirmé Abdessadek Bounaghi, professeur de droit international à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Settat (Université Hassan I).
Il a expliqué dans ce sens que « la Convention des Nations unies sur le droit de la mer signée en 1982 à Montego Bayest est basée sur des arguments techniques pour la délimitation maritime. Mais l’application de ce texte n’arrange pas, parfois, les Etats ou les parties, comme c’est le cas pour le Maroc et les Iles Canaries ». Dans ce cas d’espèce, il est difficile d’appliquer la disposition stipulant que le plateau continental peut s'étendre au-delà de 200 milles. Il faut donc que les parties concernées arrivent à un consensus pour régler de tels problèmes.
Notre interlocuteur nous a aussi rappelé que le gouvernement marocain avait procédé au cours de l’été dernier à la délimitation du plateau continental de ses provinces sahariennes pour faire face à toute revendication des séparatistes.
Il convient de rappeler que Rabat qui a ratifié la Convention des Nations unies (MontegoBay) sur le droit de la mer en 2007, disposait d'un délai de dix ans maximum pour délimiter son plateau continental ; lequel délai devrait prendre fin durant l’année en cours. Aussi, le gouvernement a-t-il adopté trois textes de loi dans ce sens en juillet dernier. En l’occurrence le projet de loi modifiant et complétant le Dahir portant loi fixant la limite des eaux territoriales, le projet de loi modifiant et complétant la loi instituant une zone économique exclusive de 200 milles marins au large des côtes marocaines et le projet de décret modifiant et complétant le décret du 21 juillet 1975 déterminant les lignes de fermeture de baies sur les côtes marocaines et les coordonnées géographiques de la limite des eaux territoriales et de la zone économique exclusive.
Le 11 Janvier 2018
Source Web : Libération
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vendredi 12 janvier 2018
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