Arabie saoudite: les trois options du milliardaire Al-Walid, l'homme le plus riche du Moyen-Orient
EXCLUSIF Le célèbre milliardaire Al-Walid ben Talal, actuellement en résidence surveillée à Riyad, tenté dans un premier temps pour aller au tribunal, négocie via une grande banque américaine deux types de transactions: un éventuel règlement en cash avec Riyad ou une entrée d'une entité gouvernementale au capital de sa société Kingdom Holding Company.
Avec une fortune de près de 17 milliards de dollars, Al-Walid ben Talal est la plus grande fortune du Moyen-Orient.
Les milliards commencent à tomber dans les caisses de l'État saoudien. En plus de l'ex patron de la garde nationale, le prince Miteb, libéré la semaine dernière contre un chèque de plus d'un milliard de dollars, au moins trois autres princes impliqués dans des affaires de corruption ont conclu des transactions avec Riyad et quitté l'opulent hôtel Ritz-Carlton où ils étaient détenus. Depuis la nuit du 4 au 5 novembre et la grande opération anticorruption orchestrée par l'homme fort du royaume, le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), plus de deux cents princes ou hommes d'affaires ont été embastillés.
Tribunal, règlement en cash ou cession d'une partie de Kingdom
Après la libération du prince Miteb, tous les regards se tournent désormais vers le fantasque milliardaire Al-Walid ben Talal, actionnaire de Twitter et propriétaire de l'hôtel George V à Paris. Va-t-il lui aussi bientôt quitter le palace cinq étoiles ? Selon nos informations, l'homme le plus riche du Moyen-Orient - sa fortune est estimée à 17 milliards de dollars - tenté dans un premier temps pour aller au tribunal, négocie via une grande banque américaine deux types de transactions: un éventuel règlement en cash avec Riyad ou une entrée d'une entité gouvernementale au capital de sa société Kingdom Holding Company. "Il reparle depuis quelques jours à ses équipes et travaille sur ces différentes options", indique un homme d'affaires présent dans la région qui balaye les accusations de blanchiment d'argent dont fait l'objet le prince Al-Walid. "Il a fait l'objet de multiples enquêtes de compliance de grands groupes américains, du CAC 40, d'États, et personne n'a rien trouvé" poursuit-il. MBS aurait-il lui trouvé quelque chose ? "Les dossiers constitués depuis plusieurs mois par les cabinets américains qui travaillent pour MBS sont accablants, notamment pour Al-Walid" rétorque un professionnel du secteur militaire. L'issue apparaît donc incertaine pour celui qui avait fait afficher la photo de MBS durant un mois sur la tour Kingdom à Riyad en juin dernier et a déboursé une dizaine de jours avant la purge, 1,5 milliard de dollars pour racheter 15% des parts du Crédit Agricole dans la banque Saudi Fransi.
MBS qui chapeaute également une structure destinée à gérer tous les biens immobiliers (maisons, terrains, avions, Yachts…) saisis depuis le lancement de cette purge, mène aussi sa guerre anticorruption à 400 kilomètres de Riyad. Selon nos informations, les autorités saoudiennes dirigent plusieurs interrogatoires dans l'est du pays au sein de l'hôtel Le Meridien à Al Khobar. La région est considérée comme le fief de Mohammed Ben Nayef, l'ancien prince héritier et ministre de l'intérieur, brutalement écarté en juin au profit de Mohammed ben Salmane.
Au-delà du clan Nayef, ce coup de filet ciblerait principalement le géant pétrolier Aramco dont le siège à Dhahran n'est situé qu'à cinq kilomètres d'Al Khobar. "De nombreux princes ou hommes d'affaires comme le milliardaire éthiopien Mohammed al Hussein Al Amoudi ont fait grossir leur fortune en achetant des cargaisons de bruts à des prix inférieurs de 15 à 20% au marché. Ces détournements sont énormes et MBS veut une opération mains propres chez Aramco" précise cette même source militaire.
Les coûteuses fermes éthiopiennes d'Al Amoudi
Mohammed al Hussein Al Amoudi se verrait à ce titre réclamer entre un et deux milliards de dollars par les autorités saoudiennes. Celles-ci lui reprochent aussi un projet qu'il a mené avec l'ancien ministre des Finances du royaume, Ibrahim Al Assaf. Mandatés pour mettre en place des fermes spécialisées dans la production de lait en Éthiopie, les deux hommes auraient perçus indûment trois milliards de dollars. A la tête d'une fortune de dix milliards de dollars, Mohammed al Hussein Al Amoudi qui est aussi l'homme de Boeing dans le royaume, ne devrait ainsi pas recouvrir la liberté sans un chèque conséquent. Il en va de même pour Bakr ben Laden, le PDG du géant du BTP Saudi Benladen Group. Ce dernier pourra toutefois faire valoir à MBS que les arriérés du gouvernement saoudien envers son groupe s'élèvent à près de 25 milliards de dollars.
Dans un entretien avec le New York Times, publié la semaine dernière, Mohammed ben Salmane, a chiffré à 100 milliards de dollars le montant des fonds illégalement acquis qui pourrait être récupéré au moyen de ces arrangements financiers. Selon lui, chaque année, environ 10 % des dépenses publiques sont détournées à des fins d'enrichissement personnel. "Mon père a compris qu'il n'était pas possible que nous restions dans le G20 et que nous continuions à nous développer avec ce niveau de corruption", a-t-il déclaré au quotidien américain. Selon l'homme fort du royaume, 95 % des personnes arrêtées ont accepté le règlement proposé par les autorités. "Les sommes collectées peuvent même dépasser les 100 milliards de dollars, prévient une source diplomatique. Tout le monde savait que MBS avait dans son viseur le clan de Sultan ben Abdelaziz (ministre de la Défense de 1962 à 2011, Ndlr) mais pas qu'il allait s'attaquer au clan du roi Abdallah (décédé en 2015, Ndlr) et à quasiment tous les milieux d'affaires. Les retombées vont être énormes". Et surtout sonnantes et trébuchantes.
Le 03 Décembre 2017
Source Web : Challenges
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mercredi 6 décembre 2017
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