Tourisme. "Ces cinq dernières années, Benkirane nous a tués"
Le gouvernement met en avant son bilan, mais évite des sujets sensibles comme la création d'emplois, la lutte contre le chômage ou encore le tourisme. Des professionnels du tourisme se déclarent et ne mâchent pas leurs mots lorsqu'on les interroge sur le bilan gouvernemental. Médias 24 a recueilli les témoignages de deux ministres et de différents professionnels.
A l'occasion du scrutin législatif, le PJD a écrit à la Confédération nationale du tourisme pour demander aux professionnels de lui adresser leurs doléances, qu'il souhaite intégrer à son propre programme. Médias 24 a consulté ce mail. Au sein de la profession, des voix s'élèvent pour s'étonner de cette démarche venue d'un parti qui n'a pas vraiment brillé par son intérêt pour ce secteur clé de l’économie marocaine.
L'idée de cet article est venue de ce mail, dont l'existence nous a été signalée par un professionnel connu. Nous avons alors entrepris de recueillir les témoignages.
Première remarque: personne, ni au sein du gouvernement, ni au sein des professions touristiques, ne dit du bien de l'action du gouvernement en faveur du tourisme.
Seconde remarque: une partie de nos interlocuteurs, tout en s'abstenant de toute considération positive, préfère ne pas faire de déclarations à la presse.
"Le Chef du gouvernement a réuni une seule fois les opérateurs et il a parlé des tajines..." [ministre]
La charge peut paraître rude contre l’action gouvernementale de Abdelilah Benkirane, mais quand elle émane de ses propres ministres et de professionnels reconnus dans le secteur touristique, il ne faut pas la négliger.
Un ministre se rappelle: autant que je m'en souvienne, le chef du gouvernement a tenu une seule réunion avec la profession, c'était en janvier 2015.
"Lors de ce comité stratégique du tourisme, nous avons été atterrés par les propos de Benkirane, qui s’est contenté de parler de tajines. Il n’y a eu aucune discussion sérieuse et encore moins de décisions, alors que la situation était préoccupante. Ses propos ont tourné le tourisme en dérision, sans plus".
Selon notre interlocuteur, l’absence d’avancées sur ce dossier découle clairement d’un désintérêt idéologique du chef du PJD, qui ne croit pas en ce secteur et qui n’y a jamais cru.
"Après les déclarations malheureuses du ministre Ramid sur la destination Marrakech, le PJD s’est un peu calmé, mais pour ce parti, le cosmopolitisme et l’ouverture sur le monde sont antinomiques avec son idéologie de fermeture. Ainsi, malgré le potentiel énorme de visiteurs chinois et russes, Benkirane n’a rien fait pour avancer", ajoute notre interlocuteur.
Il ajoute que, hormis le désintérêt du chef du gouvernement, qui a fait perdre cinq ans de développement touristique, il faut ajouter les combats d’ego à l’intérieur du département du Tourisme et entre le ministère et l’ONMT.
Le ministre du Tourisme n’a pas non plus alerté l'opinion ni suffisamment le gouvernement sur la situation sinistrée du secteur, selon notre source. "Il y a aujourd'hui certes une stratégie, une vision, mais les problèmes des stations Azur sont encore là. Le gouvernement aurait également pu intervenir sur la relance des investissements, sachant qu’aucune banque n’accepte plus de financer des hôtels", conclut le ministre.
Ce jugement lapidaire est partagé par un second ministre de Benkirane, qui a lui aussi requis l’anonymat.
"Le tourisme n’a jamais été une priorité de l’action gouvernementale de Benkirane, car il n’a jamais cru bon de s’intéresser sérieusement à ce secteur. Il a d’ailleurs tenu très peu de réunions avec les professionnels du tourisme. De plus, le chef du gouvernement et son parti ont envoyé des signaux négatifs aux éventuels investisseurs, qu’ils soient étrangers ou marocains".
Hayat Jabrane: un désintérêt total du gouvernement
Jointe par Médias 24, Hayat Jabrane, secrétaire générale de la CNT, partage la même impression de désintérêt total du chef du gouvernement pour ce secteur stratégique. Surprise, elle nous apprend que le parti de Benkirane a contacté récemment la CNT pour recueillir ses attentes et suggestions.
"Comme par miracle, et à seulement trois semaines du scrutin, nous avons reçu un mail d’un proche du PJD qui nous demande de lui faire des propositions chiffrées destinées à étoffer le programme économique du parti de Benkirane", raconte notre interlocutrice.
Jabrane s’interroge sur l’intérêt soudain du PJD, en rappelant que son secrétaire général n’a jamais daigné assister à un seul événement consacré au tourisme (sommets internationaux organisés par le Maroc, inauguration de complexes ou de 5 étoiles,…) durant son mandat de chef du gouvernement.
"En janvier 2015, il a reçu la profession pour une réunion qui devrait ouvrir la voie à une politique de relance de cette industrie en crise depuis les nombreux attentats. Depuis, plus aucune nouvelle de lui".
"Pour moi, ce désintérêt est motivé par ses convictions idéologiquesn, qui considèrent que ce secteur est synonyme de nudité, d’alcool, et d’occidentalisation, contraires aux mœurs d’un pays musulman.
"Rappelez-vous de la sortie médiatique de son ministre, Mustapha Ramid, qui avait jugé que Marrakech était la capitale de la débauche au Maroc. Après la réaction scandalisée de la profession, ce membre très influent du PJD avait dû faire machine arrière, mais il n’en pense pas moins", accuse-t-elle.
Elle poursuit que Benkirane n’est pas seulement indifférent au développement du tourisme, car l’accréditation par le PJD au scrutin législatif, invalidée depuis, du salafiste Hammad Kabbaj illustre une inconscience des enjeux en présentant un candidat sulfureux appelant à la haine des juifs.
"Au lieu de nous aider et de soutenir son ministre du Tourisme, le chef du gouvernement s’est félicité de l’attrait des touristes pour le couscous et la harira, comme si ces deux plats nationaux suffisaient à développer l’image de la destination Maroc", conclut notre interlocutrice.
Lahcen Zelmat: "Benkirane nous a tués"
Contacté par Médias 24, Lahcen Zelmat, président de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) résume le mandat du chef du gouvernement en quatre mots: "Benkirane nous a tués".
"Benkirane ne s’est jamais intéressé à ce secteur, qui constitue un filon fabuleux pour l’économie marocaine et dont le potentiel de recettes est très loin d’être atteint. Si nous avions une seule suggestion à lui faire, elle consisterait à s’inspirer de l’AKP turc (dont il se dit proche) qui a réussi à attirer des millions de touristes en Turquie depuis son arrivée aux affaires", se désole Zelmat.
Nos nombreuses tentatives de joindre le ministre du Tourisme et des officiels pour savoir s’ils auraient pu faire mieux avec un soutien de leur supérieur hiérarchique sont restées sans réponse.
Le 15 Septembre 2016
SOURCE WEB Par Médias 24
Les tags en relation
Les articles en relation
Tourisme à Fès-Meknès : l’ONMT renforce son attractivité
L’Office National Marocain du Tourisme (ONMT) met les bouchées doubles pour dynamiser le tourisme dans la région de Fès-Meknès. Lors d’une rencontre str...
Le Club des Femmes du Tourisme bientôt lancé !
Le compte à rebours a commencé. C’est, en effet, la semaine prochaine que le Club des Femmes du Tourisme sera lancé. Un espace de réflexion et de partage ...
Abdelilah Benkirane : le chef de gouvernement travesti en opposant
« S’il faut dissoudre le parti, sortir du gouvernement ou des collectivités, nous le ferons parce que nous sommes venus pour engager des réformes et non po...
Droits des femmes : Ouahbi répond à Benkirane (et au camp conservateur)
Actuellement en convalescence après une opération chirurgicale, Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice et secrétaire général du PAM, réaffirme son enga...
Tourisme et Transport au Maroc : L’ONCF Vise 57 Millions de Passagers en 2025
Le Maroc, véritable référence touristique en Afrique, continue de briller par sa capacité à valoriser son patrimoine et à développer des infrastructures ...
Tourisme : le Maroc attire 2,7 millions de visiteurs en 2025
Le secteur touristique marocain poursuit sa dynamique positive avec 2,7 millions de visiteurs enregistrés aux postes frontières à fin février 2025, marquant...
Toubkal: Cap sur le plus haut sommet de l’Afrique du Nord
Une montagne qui attire aussi bien les sportifs que les amateurs de sensations fortes Des formules ad hoc organisées par des guides «non officiels» pour l...
Maroc : Un pacte pour la relance économique et l'emploi sera mis en place
Ce pacte, qui sera le fruit d'une ambition commune et partagée par l'ensemble des parties prenantes (Etat et partenaires sociaux et économiques), et l...
Réaction des ministères marocains face aux préoccupations concernant les vols intérieurs de Ryan
Le ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, ainsi que celui du Transport et de la Logistique, ont réagi à la polémi...
Tourisme au Maroc fin 2025 : records de fréquentation et effet CAN 2025 sur les recettes touristiqu
En cette fin d’année 2025, le tourisme marocain enregistre des niveaux de fréquentation et de recettes inédits, portés à la fois par une dynamique struct...
Tourisme : fin de l’ONMT et propulsion des investissements
Lors de la présentation du budget 2024 devant la Commission des secteurs productifs de la Chambre des représentants, la ministre du Tourisme et de l’Artisan...
"All Inclusive", une vraie catastrophe
Le changement observé dans le comportement du touriste consommateur est suffisamment néfaste, mais la situation est devenue beaucoup plus alarmante avec l'...


dimanche 18 septembre 2016
0 















Découvrir notre région