Plus que jamais le blé vaut de l’or
Trop dur à supporter pour un pays dont le taux de consommation dépasse de trois fois la moyenne mondiale
« Les prix du blé devraient augmenter de 34% si les exportations de la Russie venaient à être réduites de moitié, et de 19% si les exportations de l’Ukraine cessaient complètement », c’est ce qui ressort du dernier rapport sur les perspectives agricoles de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) concernant les perspectives à moyen terme des marchés des produits agricoles.
Une mauvaise nouvelle pour le consommateur marocain qui consomme en moyenne 200 kg de blé par an, soit trois fois plus que la moyenne mondiale. Pour les autres pays du Maghreb, le blé constitue un élément de base dans le régime alimentaire. Le hic, c’est que notre pays n’en produit pas suffisamment. La campagne 2021/2022 a, à titre d’exemple, connu une baisse de 42% des précipitations comparée à la moyenne de ces trente dernières années et de 35% par rapport à l'année précédente à la même période, et s'est également caractérisée par une mauvaise répartition temporelle et territoriale. Près de 55% des précipitations cumulées ont eu lieu en mars et avril et moins d'un tiers des précipitations ont eu lieu en novembre et décembre.
De ce fait, la production prévisionnelle des principales céréales (blé tendre, blé dur et orge) pour la campagne 2021/2022 est évaluée à 32 millions de quintaux, soit une baisse de 69% par rapport à la campagne précédente qui avait connu une production record. Les céréales des périmètres irrigués n'ont contribué qu'à hauteur de 20% environ à la production globale, à cause, d'une part, de la superficie irriguée limitée pour les céréales et, d'autre part, des restrictions d'irrigation dans les grands périmètres hydrauliques.
Et c’est pourquoi le Maroc fait partie des pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée qui captent 12% des importations mondiales de céréales alors qu'ils ne représentent aujourd'hui que 4% de la population du monde. Depuis le début des années 60, les importations nettes céréalières ont été multipliées par 20 au Maroc, par 21 en Algérie, par 13 en Tunisie et par 4 en Egypte. Les projections indiquent que ces importations devraient continuer de croître dans les années à venir pour satisfaire les besoins humains mais aussi la demande animale.
Une situation que le plan Maroc Vert ne semble pas avoir prise en ligne de compte puisqu'il a relégué l'incontournable notion de sécurité alimentaire aux calendes grecques, particulièrement en ce qui concerne la céréaliculture. A cet effet, il a été prévu de faire baisser de 22% les superficies qui lui seront dédiées en l'an 2020 en espérant voir la production suivre une courbe contraire et passer de 53 millions de quintaux actuellement à 76 en cette même année, moyennant l'injection de quelque 11 milliards de DH.
Le Plan Maroc Vert nous a “tuer” Parole de céréales
En outre, ledit rapport de la FAO et de l’OCDE insiste sur une réponse mondiale puisqu’un grave déficit d’exportation de la part de l’Ukraine et de la Russie au cours des armées 2022/23 et 2023/24 fera encore augmenter le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique dans le monde après la pandémie de Covid-19. « 19 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées à une sous-alimentation chronique dans le monde en 2023 si la réduction de la production alimentaire mondiale et de l’offre de denrées alimentaires en provenance des principaux pays exportateurs, notamment la Russie et l’Ukraine, entraîne une réduction des disponibilités alimentaires frappant le monde entier », a déclaré le directeur général de la FAO, Qu Dongyu.
Le rapport estime que la productivité agricole moyenne doit augmenter de 28% au cours de la prochaine décennie pour que le monde atteigne l’objectif de développement durable (ODD 2) « Faim zéro ». Cela représente plus du triple de l’augmentation de la productivité enregistrée au cours de la dernière décennie.
Toutefois, le secteur doit jongler avec cette augmentation de la production et la nécessité de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES), qui, selon le rapport, augmenteront de 6% au cours de la prochaine décennie, l’élevage représentant 90% de cette hausse.
En conséquence, le secteur agricole devra redoubler d’efforts pour contribuer efficacement à la réduction des émissions de GES au niveau mondial, avertit le rapport, notamment en adoptant à grande échelle des processus et des technologies de production respectueux du climat, en particulier dans le secteur de l’élevage.
Le rapport souligne également le rôle du bon fonctionnement du commerce et des marchés mondiaux dans la lutte contre les problèmes de sécurité alimentaire à court et moyen termes, ce qui, selon le rapport, nécessite un « système commercial multilatéral transparent, prévisible et fondé sur des règles ».
Le 7 juillet 2022
Source web par : libération
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vendredi 8 juillet 2022
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